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	<title>Idriss</title>
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	<description>Driss Alaoui Mdaghri</description>
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		<title>Créer : Des Intelligences Multiples</title>
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		<pubDate>Fri, 16 Sep 2011 09:53:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques estivales]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230;Poursuivons, aimable lecteur, une entreprise essayée, pour ceux qui ont bonne mémoire et que cela a intéressé, il y a deux ans avec quelques verbes du quotidien comme vivre, rire, voyager&#8230; Aujourd&#8217;hui Driss Alaoui Mdaghri vous propose d&#8217;autres verbes : manger, écouter, aimer, jeûner, enseigner, travailler, boire, rêver, créer, diriger, avoir, être…Ils feront l’objet de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><div id="attachment_136" class="wp-caption alignright" style="width: 281px"><a href="http://idriss.ma/wp-content/uploads/2011/09/Michel-Ange.jpg"><img src="http://idriss.ma/wp-content/uploads/2011/09/Michel-Ange.jpg" alt="" title="Michel Ange" width="271" height="186" class="size-full wp-image-136" /></a><p class="wp-caption-text"> Michel Ange et la Création du Monde</p></div></a><br />
&#8230;Poursuivons, aimable lecteur, une entreprise essayée, pour ceux qui ont bonne mémoire et que cela a intéressé, il y a deux ans avec quelques verbes du quotidien comme vivre, rire, voyager&#8230; Aujourd&#8217;hui Driss Alaoui Mdaghri vous propose d&#8217;autres verbes : manger, écouter, aimer, jeûner, enseigner, travailler, boire, rêver, créer, diriger, avoir, être…Ils feront l’objet de ces chroniques estivales que l&#8217;allégresse vacancière, la sienne comme celle du lecteur, mettra avec la gaieté légère du flâneur, sur des sentiers à explorer ou à redécouvrir.</p>
<p>Le verbe créer est au commencement de toutes choses. Le Coran stipule dans Al Furqane ( Le Discernement) : &laquo;&nbsp;C&#8217;est Lui qui, en six jours  a créé les cieux, la terre et tout ce qui existe entre eux&nbsp;&raquo;. Et Dans Al-Mu&#8217;Minûne ( Les Croyants) : &laquo;&nbsp;Nous avons certes créé l&#8217;homme d&#8217;un extrait d&#8217;argile, puis Nous en fîmes une goutte de sperme dans un reposoir solide. Ensuite, Nous avons fait du sperme une adhérence; et de l&#8217;adhérence Nous avons créé un embryon; puis, de cet embryon Nous avons créé des os et Nous avons revêtu les os de chair. Ensuite, Nous l&#8217;avons transformé en une tout autre création. Gloire à Dieu le Meilleur des créateurs !&nbsp;&raquo;. Dans la tradition Biblique, le récit de la Genèse débute ainsi : &laquo;&nbsp;Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l&#8217;abîme, et l&#8217;esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit : Que la lumière soit! Et la lumière fut&nbsp;&raquo;<br />
Toutes les religions et toutes les croyances, des Égyptiens aux Grecs en passant par les Hopis, les , les Mayas, les Zoroastriens, les Bouddhistes et tous les autres, font du récit de la Création l&#8217;acte fondateur de l&#8217;existant. Il y a, en effet, quelque chose de l&#8217;ordre du divin, à tout le moins de l&#8217;inspiré et du sacré, dans le fait de créer. </p>
<p><span id="more-135"></span></p>
<p>Créer, un verbe qui sonne comme une expulsion d&#8217;un quelque chose en nous qui advient avec notre participation, mais, qui, quelque part, nous dépasse aussi. La femme en fait une expérience singulière, intense et unique dans la procréation, premier niveau auquel on peut situer les variations humaines relatives au verbe créer.<br />
Procréer n&#8217;est accessible à l&#8217;homme que par une médiation féminine, encore que la procréation artificielle et les manipulations génétiques sont en train de modifier la donne pour on ne sait quels angoissants horizons proches ou lointains. L&#8217;affaire est-elle purement mécanique et physiologique, un spermatozoïde passablement lubrique fécondant  un ovule passablement séducteur ? Y-a-t-il autre chose qui se joue ? Bien sûr qu&#8217;il y a autre chose qui se joue dans la procréation, expérience qui sous sa forme directe devrait préoccuper tout homme et qu&#8217;il devrait méditer. Non pas sous l&#8217;aspect dont se complaisent à parler certaines femmes pour en souligner les difficultés &#8211; bien que cela soit  compréhensible, c&#8217;est tout de même douloureux un enfantement &#8211; mais plutôt pour ce qu&#8217;elle donne à ressentir comme expérience de participation à la création de la vie. C&#8217;est pour cela qu&#8217;en toute femme nous voyons une mère &#8211; voilà de quoi faire hurler quelques féministes endurcies ! &#8211; et que nous passons notre vie en tant qu&#8217;hommes à solder les comptes avec d&#8217;autres femmes dans l&#8217;espoir illusoire de satisfaire en elles ce désir d&#8217;une mère. Elisabeth Badinter* constate et s&#8217;interroge : &laquo;&nbsp;A ce jour, une seule différence subsiste, mais essentielle : ce sont les femmes qui portent les enfants et jamais les hommes. Mais à supposer que l&#8217;on puisse limiter l&#8217;identité féminine à la puissance maternelle, l&#8217;identité masculine pose aujourd&#8217;hui une énigme. Quelle est l&#8217;expérience autre que sexuelle, qui soit propre à l&#8217;homme et totalement inconnue à la femme ? Peut &#8211; on se contenter de donner du mâle une définition négative : celui qui ne porte pas d&#8217;enfants ?&nbsp;&raquo;. Je suis tenté de répondre par une boutade, mais qui fait  sens : L&#8217;homme est celui qui ne porte pas d&#8217;enfant et qui vit avec la femme capable, elle, d&#8217;enfanter. A partir de là, les autres expériences de création ne sont &#8211; elles rien autre que la recherche éperdue de ce quelque chose qui nous manque en tant qu&#8217;hommes et pour la femme de la spécificité du vécu de l&#8217;homme en tant que géniteur compagnon de celle qui procrée ? Mais laissons là ces réflexions existentielles et tortueuses pour des terrains moins mouvants.<br />
Dans l&#8217;activité créatrice, il y a quelque chose de l&#8217;ordre de l&#8217;onde, de la vibration, de la résonance que l&#8217;on trouve également dans la musique. J&#8217;ai observé trois amies dans leur activité créatrice et toutes m&#8217;ont conforté dans mon sentiment qu&#8217;il y a du  du fascinant et du magique qui se passe quand elles s&#8217;y mettaient, toujours corps et âme. Car, c&#8217;est ainsi, les créateurs les plus doués sont ceux qui ne font pas dans la demi-mesure et qui plongent dans leur œuvre avec un engagement total. Pourtant, elles interviennent dans des domaines tout à fait différents. J&#8217;ai fait appel aux trois dans des séminaires de formation à l&#8217;intelligence du leadership et à la conduite du changement à la grande joie non dissimulée des cadres qui y participent et à qui elles ont fait découvrir leur potentiel naturel de créativité qu&#8217;ils tenaient bridé par timidité, par crainte ou par renoncement.<br />
Raja Aghzadi est professeur de chirurgie. Elle est à l&#8217;origine d&#8217;une association caritative, &laquo;&nbsp;Cœur de Femmes&nbsp;&raquo;, qui mène une action diligente et acharnée contre le cancer, principalement au Maroc, mais également dans différents pays africains où elle est  connue et appréciée. Qu&#8217;il s&#8217;agisse de trouver le moyen de mobiliser les fonds dont a tant besoin son association ou d&#8217;imaginer des actions innovantes  pour soutenir et aider concrètement sur le terrain à soulager les terribles souffrances occasionnées par le cancer, elle déploie une activité débordante et une volonté farouche et mobilise de nombreuses énergies positives à cet effet.  L&#8217;organisation de la première représentation au Maroc des &laquo;&nbsp;Amazones du Crabe&nbsp;&raquo;*, magnifique pièce de théâtre de la regrettée Mary Weed, qui était elle &#8211; même un réservoir inépuisable de créativité, m&#8217;a également permis d&#8217;apprécier sa capacité de mobilisation et d&#8217;engagement au service des autres.<br />
Dans un registre différent, Bouchra Kadiri, chef d&#8217;entreprise racontant les péripéties de son aventure entrepreneuriale à des cadres, qui écoutent avec un intérêt soutenu  son récit, aura appris ou réappris aux uns et aux autres une chose évidente , mais que l&#8217;on a souvent tendance à oublier facilement : l&#8217;esprit, d&#8217;initiative, la prise de risque et une  démarche &laquo;&nbsp;Win/Win&nbsp;&raquo; (Gagnant/Gagnant) dans le monde inextricable et difficile des affaires sont la clé de la réussite autant que le sont d&#8217;autres éléments présents dans son action, à savoir la foi en soi, le travail acharné et l&#8217;esprit positif face aux difficultés. Il faut l&#8217;entendre décrire avec enthousiasme et bonhomie comment elle a réussi à devenir l&#8217;organisatrice du principal Salon du Bâtiment et de l&#8217;Immobilier du Maroc et exposer ses idées de projets futurs pour mesurer l&#8217;intensité de l&#8217;énergie créatrice qui l&#8217;anime.<br />
Leila Cherkaoui est artiste peintre. Sa peinture invite à circuler à travers les arcanes d’une mémoire dont sa brosse dessine continuellement la trame pour dé &#8211; couvrir,  parfois avec retenue, parfois avec rage, toujours avec passion, les plis et replis de ce qui était ouvert puis s’est fermé, la mémoire de ce qui a été et qui n’a pu s’accomplir jusqu’au bout, de ce qui a nourri puis s’est tari, de ce qui a insufflé la vie, puis est parti.. Elle est ainsi à même de transformer une peine incommensurable en énergie créatrice hors du commun. « Je cherche à tirer de la pierre ce qui pèse en moi. Je ne sais point le délivrer autrement qu’en taillant. »*. Pour elle, créer c’est être soi-même et sans fard. La création, dit- elle, doit être l’expression vivante de l’être le plus intime de chacun. Ayant affirmé cela, elle ajoute aussitôt avec sincérité : « Chacun suit sa voie et fait ce qui lui convient ». Belle manière de résumer en une formule l’essence de la créativité. A l&#8217;écouter, subjugués, récitant un poème de son cru sur son rapport à la peinture, les cadres qui suivent les séminaires de créativité auront, sans doute, retenu ces derniers vers où elle s&#8217;adresse avec émotion à la peinture :</p>
<p>&#8230;Je me sens partir vers l’éternité de ton art<br />
Sans toi la vie serait sans éclat<br />
Je baigne en toi comme dans le ventre De ma mère.<br />
Cheminements de femmes dont le choix comme exemples se justifie pleinement, à mes yeux, pour parler du verbe &laquo;&nbsp;créer&nbsp;&raquo;, tant, pour différentes qu&#8217;elles soient et agissant dans des champs séparés, elles sont l&#8217;illustration de ce qui se joue actuellement dans notre société en termes de potentiel de créativité, notamment dans les groupes qui ont été longtemps à l&#8217;écart du théâtre de l&#8217;expression libre de leurs capacités créatives. J&#8217;aurais pu en choisir d&#8217;autres qui font également partie des personnes, hommes et femmes, dont j&#8217;apprécie le cheminement tranquille et déterminé loin de l&#8217;agitation et des apparences et dont l’expérience est éclairante à bien des égards.<br />
Une observation  qu’un de mes proches, Wahid Lahlou, talentueux et créatif au possible, fit dans une discussion que nous eûmes à ce propos mérite que l’on s’y arrête : « Creativity is constraints » ( Les contraintes favorisent la créativité).  Les exemples cités plus haut pourraient le laisser penser. C’est souvent dans l’adversité que la créativité, instinct de survie et échappatoire salvatrice, trouve un terreau favorable à son déploiement. Mais à y regarder de plus près, il apparaît assez clairement que si cela joue pour certains cas, c’est loin d’être général et on peut tout aussi valablement soutenir que c’est dans la liberté que la créativité se développe le plus naturellement. J’ai plus tendance à être de ce deuxième avis et de croire que même ceux qui subissent les contraintes les plus dures, c’est parce qu’ils sont libres dans leur tête qu’ils sont en mesure de créer. Sans cette liberté que les contraintes peuvent, certes, stimuler, il n’y a pas de créativité possible. De là, le souci de beaucoup d’éducateurs et de formateurs, pour ce qui est de l’entreprise, de trouver le biais par lequel on peut réveiller la capacité de créer latente chez tout être humain à travers séminaires et formations au profit de leurs cadres dédiés au développement personnel et à la créativité. Habitudes et conformismes sociaux ainsi que les blocages psychologiques  brident souvent considérablement  cette capacité. Chacun dispose d’intelligences multiples, mais se limite la plupart du temps à n’en exploiter qu’une face au détriment de toutes les autres qui pourraient lui donner accès à des univers nouveaux et une clé susceptible d’ouvrir la serrure de son épanouissement et, pourquoi pas, de sa réussite. « ..Les êtres humains ne possèdent pas une intelligence unique…en tant qu’espèce, nous disposons d’un ensemble d’intelligences relativement autonomes les unes des autres. Tout un chacun, et les écrits universitaires n’y échappent pas, se focalise, quand il s’agit d’intelligence, sur une combinaison d’intelligences linguistique et logique. Selon moi ce que l’on décrit ainsi, ce sont les qualités intellectuelles d’un professeur de droit. Si nous prenons en compte les intelligences spatiale, corporelle-kinesthésique, musicale, inter &#8211; et intra-personnelle, nous pouvons obtenir une appréciation plus complète de ce qu’est un être humain ».* C’est peut – être, cet ensemble d’intelligences qui permet de parler d’intelligence créative. </p>
<p>* Elisabeth Badinter, &laquo;&nbsp;L&nbsp;&raquo;Un et l&#8217;Autre&nbsp;&raquo;;<br />
* Voir des extraits de la représentation sur YouTube &laquo;&nbsp;Les Amazones du Crabe&nbsp;&raquo;.<br />
<a href="http://youtu.be/c-PWRSj4QSI" title="Présentation Youtube des Amazones du crabe"><br />
* Antoine de Saint Exupéry, &laquo;&nbsp;Citadelle&nbsp;&raquo;;<br />
* Howard Gardner, &laquo;&nbsp;Les Intelligences Multiples&nbsp;&raquo;.</p>
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		<title>Les Amazones du crabe de Mary K. Weed</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Sep 2011 10:10:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Théâtre]]></category>

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		<description><![CDATA[Les amazones du crabe: un hommage au courage &#171;&#160;C’est comme si je parlais pour toutes les femmes qui souffrent en silence. Ce projet me porte&#160;&#187; avait témoigné Mary Pickens-Weed sur son lit d’hôpital, en pleine rédaction de la pièce. Celle-ci retrace la conversation partagée entre quatre femmes réunies dans une salle d’attente de médecin et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Les amazones du crabe: un hommage au courage</strong><br />
&laquo;&nbsp;C’est comme si je parlais pour toutes les femmes qui souffrent en silence. Ce projet me porte&nbsp;&raquo; avait témoigné Mary Pickens-Weed sur son lit d’hôpital, en pleine rédaction de la pièce.<br />
Celle-ci retrace la conversation partagée entre quatre femmes réunies dans une salle d’attente de médecin et mêle subtilement humour et émotion.<br />
<a href='http://youtu.be/c-PWRSj4QSI' >Présentation des Amazones du Crabe sur Youtube</a></p>
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		<title>Rêver : Visionnaires, poètes et rêveurs</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Sep 2011 14:03:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques estivales]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230;Poursuivons, aimable lecteur, une entreprise essayée, pour ceux qui ont bonne mémoire et que cela a intéressé, il ya deux ans avec quelques verbes du quotidien comme vivre, rire, voyager&#8230; Aujourd&#8217;hui Driss Alaoui Mdaghri vous propose d&#8217;autres verbes : manger, écouter, aimer, jeûner, enseigner, travailler, boire, rêver, créer, diriger, avoir, être…Ils feront l’objet de ces [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><div id="attachment_124" class="wp-caption alignright" style="width: 183px"><a href="http://idriss.ma/wp-content/uploads/2011/09/morphee.jpg"><img class="size-full wp-image-124" title="Morphée, divinité grecque du sommeil et des rêves" src="http://idriss.ma/wp-content/uploads/2011/09/morphee.jpg" alt="Morphée, divinité grecque du sommeil et des rêves" width="173" height="173" /></a><p class="wp-caption-text">Morphée, divinité grecque du sommeil et des rêves</p></div>
<p style="text-align: right;"><em>&#8230;Poursuivons, aimable lecteur, une entreprise essayée, pour ceux qui ont bonne mémoire et que cela a intéressé, il ya deux ans avec quelques verbes du quotidien comme vivre, rire, voyager&#8230; Aujourd&#8217;hui Driss Alaoui Mdaghri vous propose d&#8217;autres verbes : manger, écouter, aimer, jeûner, enseigner, travailler, boire, rêver, créer, diriger, avoir, être…Ils feront l’objet de ces chroniques estivales que l&#8217;allégresse vacancière, la sienne comme celle du lecteur, mettra avec la gaieté légère du flâneur, sur des sentiers à explorer ou à redécouvrir.</em></p>
<p>Afin de rester dans le mélange des genres et des cultures de ces chroniques estivales, voici une histoire Zen pour commencer : <em>&laquo;&nbsp;Jadis, moi, Tchouang &#8211; Tchéou, je rêvai que j&#8217;étais un papillon qui voltigeait, et je me sentais heureux; je ne savais pas que j&#8217;étais Tchéou. Soudain je m&#8217;éveillai et je fus moi-même le vrai Tchéou. Et je ne sais si j&#8217;étais Tchéou rêvant qu&#8217;il était un papillon ou un papillon rêvant qu&#8217;il était Tchéou&nbsp;&raquo;.*</em></p>
<p><span id="more-123"></span></p>
<p>Qu&#8217;est-ce qui est rêve et qu&#8217;est-ce qui est réalité ? La question se pose depuis que les hommes ont articulé les premières pensées, répondant d&#8217;abord par le sacré et l&#8217;étrange avant de faire intervenir la logique et la raison sans jamais réussir à trancher complètement la question de ce qui est de l&#8217;ordre de l&#8217;apparent et de celui du réel. Dans la célèbre allégorie de la « Caverne » Platon met en scène des hommes enchaînés dans une caverne qui voient des ombres dans le contrejour, entendent l’écho de leurs propres voix et s’imaginent qu’il s’agit de la réalité. Les philosophes n&#8217;ont cessé de  tourner et retourner la question dans tous les sens pour se faire une religion. Aujourd’hui des cinéastes qui goutent les joies de la spéculation philosophique – le cinéma n’est-il pas, après tout, le théâtre emblématique du rêve et de l’apparence – font des films comme <em>Matrix, </em>longue variation romancée autour du même thème.</p>
<p>Mais nous en sommes toujours au même point, simples mortels à l&#8217;esprit limité incapables de répondre définitivement, car l&#8217;affaire ne se tranche, sans doute, ni en philosophie ni au cinéma, pas plus qu’en une vie d&#8217;humanité, et encore moins en une vie d&#8217;homme. Bien entendu, on peut, si on a l&#8217;esprit un peu moins torturé, se limiter au monde du sensible et s&#8217;occuper d&#8217;autre chose. Seulement voilà, j&#8217;ai, comme pas mal de gens, l&#8217;esprit un rien torturé  &#8211; que je m&#8217;emploie à compenser avec un zest de « zénétude » -  et  rêver, à tous points de vue, occupe une bonne part de mon temps et de celle de la totalité des vivants avec ou sans notre consentement.</p>
<p>Laissons – là, cependant, cette épineuse et existentielle interrogation pour décliner quelques idées à propos du verbe &laquo;&nbsp;rêver&nbsp;&raquo; qui ne peut aller, faut &#8211; il le souligner, sans évoquer du même coup  le verbe &laquo;&nbsp;réveiller&nbsp;&raquo;. Il est trois sens qui s&#8217;invitent d&#8217;emblée : rêver en dormant, rêver en état de veille pour faire advenir quelque chose et rêver dans cet état second à mi-chemin entre les deux précédents, si caractéristique des  poètes qui vagabondent au ciel, fidèles compagnons des nuages, grands experts es-rêveries devant l’éternel.</p>
<p>On se réveille nécessairement du premier type. Pour ce qui est du second, la réalité &#8211; pardon &#8211; se charge souvent de nous ramener sur terre. Rien ne peut arrêter le troisième, car jamais on ne peut réduire les poètes.</p>
<p>Les dernières découvertes des neurosciences : les rêves, qui interviennent surtout au cours du sommeil paradoxal, durent pendant de longues périodes, quinze minutes environ toutes les quatre vingt dix. On commence grâce à la multiplication des expériences à en pénétrer les secrets et à dresser une imagerie assez fidèle de l’activité du cerveau pendant les phases oniriques.*</p>
<p>Le rêve libère le dormeur des chaines du sommeil pensaient les Grecs. Bien plus tard Freud au XXe siècle soutint que le rêve est la voie royale pour connaître l&#8217;inconscient et qu’il exprime les désirs refoulés de l&#8217;individu. Les neurosciences aujourd&#8217;hui affirment qu&#8217;il s&#8217;agit, en fait, d’une activité de création à partir du passé qui permet de mieux affronter l&#8217;avenir.</p>
<p>La fonction physiologique nécessaire du rêve est démontrée de longue date. Inutile de nous y attarder. Une nuit sans sommeil est une catastrophe. Une nuit sans rêve est une double catastrophe. Dormir c&#8217;est bien, chacun en fonction de ce que son horloge biologique lui impose &#8211; nous ne sommes pas égaux devant le sommeil -, rêver en dormant, c&#8217;est mieux. Nous sommes, à cet égard, tous égaux devant le rêve, même si les souvenirs que nous en gardons sont variables en richesse et contenus selon les individus.</p>
<p>Mais c&#8217;est l&#8217;interprétation des rêves qui a pendant longtemps occupé les esprits des puissants comme du commun.</p>
<p>Les anciens accordaient une importance considérable au rêve jusqu&#8217;à décider d&#8217;une action en fonction de l&#8217;interprétation favorable ou défavorable que des interprètes des songes au statut privilégié donnaient. On raconte qu’Alexandre qui se préparait à lever le siège de Tyr, ville qui lui opposait une résistance farouche, vit en songe un satyre se livrant à une danse triomphale. Son oniromancien attitré lui annonça que cela présageait d&#8217;une grande victoire. C’est ainsi qu’il décida de lancer l’assaut final qui lui permit de prendre la ville.</p>
<p>Si les interprétations et conclusions divergent largement, la symbolique des rêves est admise par la plupart, y compris par les esprits les plus rationnels. Freud encore reconnait cette symbolique des rêves tout en soulignant les conditions nécessaires pour aider à l&#8217;interprétation. C&#8217;est ainsi que reptiles, poissons, serpents, chapeau, manteau, pour l&#8217;homme, et mines, fosses, cavernes, vases, bouteilles, boites, paysages, coffres à bijoux&#8230; pour les femmes,  sont étroitement associés à la sexualité. <em>&laquo;&nbsp;Ne trouvez-vous pas étonnant si je vous dis que les rêves souvent si beaux que nous connaissons tous et dans lesquels le vol joue un rôle si important doivent être interprétés comme ayant pour base une excitation sexuelle générale&nbsp;&raquo;. </em>L’expression, qu’on me pardonne cet écart, « s’envoyer en l’air », même en rêve, serait donc on ne peut plus juste.* Evidemment il finit par gâcher tout le plaisir en soulignant que le rêve n&#8217;est rien autre qu&#8217;un symptôme névrotique.</p>
<p>Les Arabes, pour leur part, ne manquent pas à l’appel. <em>&laquo;&nbsp;Ainsi, si l&#8217;on s&#8217;en tient aux seuls mots de la langue arabe, le rêve est donc ce qui se passe dans le sommeil ( mânam), qui gonfle le sexe ( &#8216;holm) et donne la vision (ru&#8217;yâ)&nbsp;&raquo;*</em></p>
<p>Et puisque nous parlons des arabes un classique d&#8217;Ibn Sîrîn écrit au VIIe siècle  vaut le détour, notamment le chapitre où il évoque avec une grande crudité la vision du  mariage,  l&#8217;acte sexuel,  l&#8217;appareil génital féminin,  la grossesse, l&#8217;accouchement, l&#8217;allaitement&#8230;et même la sodomie. Mais pour ne pas faire de fixation la – dessus, passons à un autre chapitre où il est question de la lune, du soleil, des étoiles, de l&#8217;enfer, du paradis, du feu et du jour du jugement. Comme la période est propice, au regard de l&#8217;agenda politique de notre pays avec les prochaines élections, je cite à l’intention de  quelques uns : <em>&laquo;&nbsp;La lune, surtout l&#8217;interprétation classique, représente le ministre du roi, l&#8217;épouse ou encore l&#8217;enfant pieux. Entrer en possession de la lune ou atteindre la lune revient à devenir ministre&nbsp;&raquo;.</em>* Alors mesdames et messieurs les candidats, rêvez de la lune. Comme il est exclu, en la matière, que tous les impétrants aient satisfaction, qu’ils rêvent de voltige – il faut éviter certains mots qui flattent le populisme généralisé -  aérienne, en dépit de son côté équivoque à en croire la symbolique des rêves.</p>
<p>Rêve, le mot demeure trop court pour dire une réalité polysémique. &laquo;&nbsp;Rêvance&nbsp;&raquo; que je forge pour les besoins de la cause, me paraît plus indiqué pour les poètes. Nous y reviendrons. Parlons d’abord de vision où il s’agit de rêves apparemment impossibles qu’entretient chacun en son for intérieur où qu’il déclare par monts et par vaux, parfois envers et contre tous. Le Rêve Maghrébin, dont mes choix et le hasard m’ont conduit à m’occuper, demeure à mes yeux un projet de ce type auquel il faut qu’un rêveur, un de ces champions de l’impossible, consacre toute son énergie et sa vie pour le faire advenir en ferraillant avec les empêcheurs de rêves qui  sont légions. Attachons – nous un moment à quelques autres exemples en attendant des jours meilleurs</p>
<p>Combien de personnages historiques ont été considérés par les gens de leur époque comme de parfaits rêveurs parce qu&#8217;ils proposaient une vision, un projet, une idée qui paraissaient trop grands au commun des hommes, mais qu&#8217;ils ont réussi à porter jusqu&#8217;à leur réalisation. Mandela est un de ces hommes. J&#8217;ai eu l&#8217;occasion de rencontrer Nelson Mandela lors d&#8217;un dîner  chez Feu Abdellatif Filali à Rabat. J&#8217;en ai gardé le souvenir d&#8217;un homme affable et serein. Quel destin que celui de cet homme qui a payé le prix fort pour son rêve ! Ainsi vont les choses de la vie. Quand le rêve est puissant et grand, le sacrifice de soi est nécessaire.   La photo du petit groupe qui a dîné ce soir avec lui figure en bonne place dans mon salon. C&#8217;est l&#8217;une des rares avec des photos familiales et deux autres en compagnie de Kasparov et de Karpov qui sont là  pour frimer mes amis amateurs du jeu d’échecs et me faire paraître auprès des autres plus intelligent que je ne suis &#8211; - à cet égard, nous avons tous eu l&#8217;occasion de constater, à travers l’actualité, que la vanité est chose fréquente sous les cieux maghrébins, mais il ne faut pas tirer sur une ambulance.</p>
<p>Pour comprendre la force des visionnaires de cet ordre qui font bouger les montagnes, il suffit de penser à quelques hommes d&#8217;Etat, à quelques savants, à quelques inventeurs  et à quelques capitaines d&#8217;industrie et entrepreneurs qui ont marqué leur temps. Martin Luther King, dans son discours célèbre au cours du rassemblement de l&#8217;été 1963 à Washington réclamant l&#8217;égalité entre noirs et blancs en Amérique, trouvera le ton inspiré qu&#8217;il faut pour traduire l&#8217;intensité de son rêve d&#8217;égalité  :  <em>I have a dream</em> <em>today (J&#8217;ai fait un rêve aujourd&#8217;hui). </em>La chute est poétique  au possible :</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;I have a dream</em> <em>that one day every valley shall be exalted, every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain and the crooked places will be made straight and the glory of the Lord shall be revealed and all flesh shall see it together.</em> &nbsp;&raquo;</p>
<p>Ce rêve exprimé ainsi a certainement ouvert la voie, des années plus tard,  à un Obama. Mais attention, si on rêve d&#8217;Amérique tout n’y est pas rose et souvent l&#8217;Amérique est juste là où nous sommes. C&#8217;est ce que nous apprennent quelques visionnaires à qui on n&#8217;a pas cessé de répéter qu&#8217;il fallait garder les pieds sur terre ou aller voir ailleurs.</p>
<p>Mais, ce sont là peut &#8211; être rêves trop grands pour le commun des mortels. Le fait est qu&#8217;il n&#8217;y a aucune différence de nature entre les visions grandioses que quelques uns développent pour le compte de tous et les rêves personnels que chacun fait pour donner du sens et de la substance à sa vie. Laisser s&#8217;exprimer la volonté de réaliser de belles choses, volonté qui habite chaque être humain, voilà la clé d’une vie réussie et utile.</p>
<p>Enfin, les poètes ! Lamartine lance :</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Enfants, ne dites plus vos rêves à personne,</em></p>
<p><em>Et ne rêvez jamais, ou bien rêvez toujours!&nbsp;&raquo; </em></p>
<p>Comment mieux parler du rêve du poète qu&#8217;en rêvant et en poésie, pour ce qui me concerne , à un monde où l&#8217;amour universel, l&#8217;amitié générale et la paix perpétuelle sont la patrie partagée des hommes ? Je vous livre donc ce poème que j’ai improvisé ce printemps à Washington dans un petit parc où coule une rivière à l&#8217;occasion d&#8217;une escapade artistique avec quelques amis.</p>
<h3><strong>Rêve sauvage</strong></h3>
<p>Un rêve souvent me prend</p>
<p>Je ne sais s’il est d’ici ou s’il est d’ailleurs</p>
<p>Si je dors ou si je suis éveillé</p>
<p>Si c’est le jour ou c’est la nuit</p>
<p>Si mes yeux sont ouverts ou s’ils  sont fermés</p>
<p>Si je respire encore ou si je suis mort</p>
<p>Si c’est la fin du temps ou son début.</p>
<p>Il me prend comme  une rivière</p>
<p>Et je me sens comme une goutte.</p>
<p>Et moi la goutte je me mets alors  à parler</p>
<p>Je parle une langue étrange et belle</p>
<p>Que je ne connais pas et que je connais</p>
<p>Une langue venue de je ne sais quelle contrée</p>
<p>De quel lointain horizon</p>
<p>De quel désir longtemps refoulé</p>
<p>Une langue faite de silences</p>
<p>Et de sons jamais entendus</p>
<p>De couleurs aux teintes</p>
<p>Parfois violentes parfois claires</p>
<p>Parfois sombres parfois nuancées</p>
<p>Une musique se met alors à danser</p>
<p>Tandis qu’un  chant montant des profondeurs</p>
<p>Caresse toutes mes cellules</p>
<p>Et m’emporte dans ses replis</p>
<p>La goutte me raconte alors son histoire</p>
<p>Son conte est tissé de fils d’or et orné de diamants</p>
<p>Qui brillent au fond de la rivière</p>
<p>Chaque mot de cette histoire est inscrit dans la mémoire de l’eau</p>
<p>Et imprimé dans ma mémoire</p>
<p>La goutte  me dit :</p>
<p>Je suis venue du fond des âges</p>
<p>Je suis venue du sommet le plus haut</p>
<p>De la plus haute des montagnes</p>
<p>Je me suis longtemps terrée dans la roche</p>
<p>Avant de jaillir avec les autres gouttes</p>
<p>Dans les éclats de rire des sources</p>
<p>Au son cristallin et pur</p>
<p>J’ai traversé des forêts vierges et sauvages</p>
<p>Et caressé les rives méandreuses de territoires inconnus</p>
<p>J’ai vu des arbres plusieurs fois centenaires</p>
<p>Dont la cime atteint le ciel</p>
<p>Je me suis précipitée dans les cataractes</p>
<p>Qui chutent dans un grondement de tonnerre</p>
<p>Du haut de falaises perdues dans les nuages</p>
<p>Et j’ai vu ce que maints n’ont pu voir</p>
<p>Les esprits éternels qui peuplent ces lieux</p>
<p>Qui me parlent</p>
<p>M’ont transmis leurs légendes</p>
<p>Ils me suivent au fond de la rivière quand je plonge</p>
<p>Et embrasse les galets</p>
<p>Et quand je danse avec les poissons aux splendides couleurs</p>
<p>Leur souffle éternel enveloppe mon âme</p>
<p>Quand je remonte à la surface</p>
<p>Un rai de lumière caresse ma peau</p>
<p>Et j&#8217;entends l&#8217;oiseau bleu rouge et vert</p>
<p>Fredonner  sur la branche</p>
<p>Du sycomore impassible</p>
<p>Un air sublime et des chants de paradis</p>
<p>Et la goutte poursuit ainsi son discours :</p>
<p>J&#8217;ai  dit-elle remonté maintes fois le courant</p>
<p>En frayant avec les poissons roses</p>
<p>Et parcouru sur leur dos</p>
<p>Les espaces illimités du rêve</p>
<p>Puis mon destin a repris ses droits</p>
<p>Et je suis revenue  poursuivre mon périple</p>
<p>Vers d&#8217;autres rêves impossibles</p>
<p>Et je vois à travers le feuillage des arbres touffus</p>
<p>Des pans d&#8217;ombre et d&#8217;azur</p>
<p>Quelques fois je suis le sillage silencieux de nefs fragiles</p>
<p>Dont les pilotes saouls tournent vers moi</p>
<p>Leurs regards perdus dans la brume</p>
<p>Et leurs visages avinés</p>
<p>En agitant leurs mains caleuses et tremblantes</p>
<p>Et moi la goutte venue du sommet le plus haut</p>
<p>De la plus haute des montagnes</p>
<p>Arrivée à l&#8217;estuaire je navigue entre les eaux mêlées</p>
<p>De l&#8217;océan irascible et  du fleuve imperturbable</p>
<p>Et je suis emportée par les vents et par les vagues</p>
<p>Vers d&#8217;autres lieux d&#8217;autres rivages</p>
<p>Où m&#8217;attendent dans mon rêve sauvage</p>
<p>D&#8217;autres gouttes d&#8217;Afrique, d&#8217;Asie, d&#8217;Amérique et d&#8217;Arabie</p>
<p>Avec qui  je verrai d&#8217;autres mondes</p>
<p>Et ferai d&#8217;autres rêves.</p>
<p><em>*Jean Grenier, &laquo;&nbsp;L&#8217;Esprit du Tao&nbsp;&raquo; ;<br />
</em><em>*Voir &laquo;&nbsp;La Recherche&nbsp;&raquo; N° 454 Juillet-Août 2011;<br />
</em><em>*Sigmund Freud, &laquo;&nbsp;Introduction à la Psychanalyse&nbsp;&raquo;;<br />
</em><em>*Tobie Nathan in &laquo;&nbsp;La Recherche&nbsp;&raquo; N° 454 Juillet-Août 2011;<br />
</em><em>*Ibn Sîrîn, &laquo;&nbsp;L&#8217;Interprétation des Rêves&nbsp;&raquo;;</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Blog :<strong>Idriss.ma<br />
</strong></em><em>Ou me contacter : <strong>pianodam@gmail.com<br />
</strong></em><em>Prochaine Chronique : Créer</em></p>
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		<item>
		<title>Chroniques Estivales &#8211; Ecouter : Tout le monde parle, peu écoutent.</title>
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		<pubDate>Fri, 26 Aug 2011 14:37:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques estivales]]></category>

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		<description><![CDATA[Article paru dans le journal l&#8217;Economiste le 18/08/2011 &#8230;Poursuivons, aimable lecteur, une entreprise essayée, pour ceux qui ont bonne mémoire et que cela a intéressé, il ya deux ans avec quelques verbes du quotidien comme vivre, rire, voyager&#8230; Aujourd&#8217;hui Driss Alaoui Mdaghri vous propose d&#8217;autres verbes : manger, écouter, aimer, jeûner, enseigner, travailler, boire, rêver, créer, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_117" class="wp-caption alignright" style="width: 120px"><a href="http://idriss.ma/wp-content/uploads/2011/08/paradis-enfer-1.jpg"><img class="size-full wp-image-117" title="Le Paradis et l'Enfer selon Jerome Bosch (1453 - 1516)" src="http://idriss.ma/wp-content/uploads/2011/08/paradis-enfer-1.jpg" alt="Le Paradis et l'Enfer selon Jerome Bosch (1453 - 1516)" width="110" height="278" /></a><p class="wp-caption-text">Le Paradis et l&#39;Enfer selon Jerome Bosch (1453 - 1516)</p></div>
<p style="text-align: right;" align="center"><em>Article paru dans le journal <a href="http://www.leconomiste.com/article/886270-ecouter-tout-le-monde-parle-peu-ecoutentbrpar-driss-alaoui-mdaghri-professeur-et-anci" target="_blank">l&#8217;Economiste</a> le 18/08/2011</em></p>
<p align="center"><em>&#8230;Poursuivons, aimable lecteur, une entreprise essayée, pour ceux qui ont bonne mémoire et que cela a intéressé, il ya deux ans avec quelques verbes du quotidien comme vivre, rire, voyager&#8230; Aujourd&#8217;hui Driss Alaoui Mdaghri vous propose d&#8217;autres verbes : manger, écouter, aimer, jeûner, enseigner, travailler, boire, rêver, créer, diriger, avoir, être…Ils feront l’objet de ces chroniques estivales et néanmoins ramadaniennes que l&#8217;allégresse vacancière, la sienne comme celle du lecteur, et la disponibilité ramadanesque mettront le lecteur, avec la gaieté légère du flâneur, sur des sentiers à explorer ou à redécouvrir.</em></p>
<p>- Tu vas à la pêche?</p>
<p>- Non, je vais à la pêche.</p>
<p>- Ah bon! je croyais que tu allais à la pêche.</p>
<p>Entamer cette chronique par une histoire pour rire, même éculée, sur ce qu&#8217;on appelle un dialogue de sourds me paraît, pour qui est bon entendeur, approprié dans ces variations autour du verbe écouter. En effet, il faut affirmer d&#8217;emblée, qu&#8217;il est plus facile de s&#8217;entendre quand on prend la peine d&#8217;écouter. Ce n&#8217;est nullement aisé chez nous pour trois raisons qui, parfois, convergent : Les bruits extérieurs y font barrage, les aveuglements fanatiques y font obstacle et les divagations narcissiques l&#8217;empêchent.</p>
<p><span id="more-116"></span></p>
<p>Pour ce qui est des premiers, qui ne fait quotidiennement l&#8217;expérience douloureuse des motos qui pétaradent, des ambulances qui hurlent, des voitures déglinguées qui crissent, des hauts parleurs qui aboient, des portes qui claquent, des scies, marteaux et autres instruments de torture qui piaulent, des bourdonnements, craquements, geignements et autres plaisirs sonores dont bruit la ville&#8230; Habitants forcés de cet espace, enveloppés du tintamarre atroce des temps qui courent et que nous contribuons à nourrir, nous sommes cernés ? Pour entendre, dans ces conditions,  il faut de la volonté et pour écouter il faut de la vertu. Même la nuit, surtout durant le Ramadan conjugué à l&#8217;été, le charivari continue de plus belle, parfois sous la forme, comme je l&#8217;expérimente épisodiquement, de voisins qui célèbrent quelque évènement mémorable de leur vie, mariage, circoncision, anniversaire&#8230;ou même seulement pour le plaisir pervers de déranger les voisins, avec force musique en mettant la sono au maximum afin que l&#8217;univers entier entende et que le volume poussé à fond les mette en transe. Rien contre cela, car la fête est toujours bienvenue, sauf quand à trois heures du matin vous avez une envie folle de fermer l&#8217;oeil et de rêver d&#8217;un monde plus tranquille où on donnerait des concerts de silence. Vous pouvez toujours, ce qu&#8217;il m&#8217;arrive parfois de faire &#8211; un pas incertain vers plus de sagesse &#8211; vous laisser entraîner, bon enfant et voisin, et écouter cette musique cacophonique et ces chants discordants en pensant au paradis, qui ne serait que juste récompense dans votre cas, où la musique et les chants seront nécessairement harmonieux et doux. Surtout si vous avez la chance d&#8217;ouir &laquo;&nbsp;La lune est apparue, Ô messager parmi nous&#8230;&nbsp;&raquo; à la gloire du Prophète ou &laquo;&nbsp;La Mounfarijah&nbsp;&raquo; ( Chant de la Délivrance)* que je ne me lasserai jamais de savourer. Vous pouvez aussi prendre un livre comme « La Révolution du Silence »* et exercer votre patience ou lire « La Haine de la Musique »*, livre au titre équivoque,  et méditer cet extrait : «  Les textes de Sumer disent que les dieux d’Akkad ne pouvaient plus dormir tant le vacarme que faisaient les hommes était intense. Ils y perdaient leur force sur le cours du temps en même temps que leur éclat au fond du ciel. Aussi les dieux envoyèrent-ils un déluge pour exterminer les hommes, afin d’éteindre leurs chants ».</p>
<div id="attachment_118" class="wp-caption alignright" style="width: 313px"><a href="http://idriss.ma/wp-content/uploads/2011/08/paradis-enfer-2.jpg"><img class="size-full wp-image-118" title="Le Paradis et l'Enfer selon Jerome Bosch (1453 - 1516)" src="http://idriss.ma/wp-content/uploads/2011/08/paradis-enfer-2.jpg" alt="Le Paradis et l'Enfer selon Jerome Bosch (1453 - 1516)" width="303" height="399" /></a><p class="wp-caption-text">Le Paradis et l&#39;Enfer selon Jerome Bosch (1453 - 1516)</p></div>
<p>Les aveuglements fanatiques, à leur tour, empêchent d&#8217;entendre et d&#8217;écouter comme ils empêchent de voir. Il suffit d&#8217;observer ces regards fous, ces vociférations enflammées, ces stridulations aigues et ces mouvements désordonnés de fanatiques de tous bords pour comprendre que ces derniers sont dans l&#8217;incapacité d&#8217;écouter ou d&#8217;entendre. Avez &#8211; vous essayé de discuter avec un fanatique ? Rien n&#8217;ébranle ses convictions, rien n&#8217;entame ses certitudes et rien ne le rend accessible à l&#8217;écoute sinon ce qui le caresse dans le sens des poils et entretient ses fureurs et ses envies féroces d&#8217;en découdre avec qui ne pense pas comme lui. &laquo;&nbsp;Le fanatique, à l&#8217;extrême, est celui qui pour faire triompher ses préjugés est prêt à faire le sacrifice de votre vie&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Quant au narcissisme exacerbé, il atteint les petits &#8211; ce qui peut être parfois excusable quand ils sont dans la phase de l&#8217;affirmation de leur identité &#8211; et les grands &#8211; ce qui est nettement plus condamnable quand il empêche de voir et d&#8217;entendre les autres. N&#8217;avoir d&#8217;yeux que pour soi &#8211; même ni d&#8217;oreille que pour ses propres discours, est une grande malédiction car elle rend insensible aux besoins des autres et finit par les faire fuir, sans parler de la boursouflure comique du moi que cela provoque. C&#8217;est souvent cela qui conduit les puissants à se couper  de bien des talents refusant d&#8217;écouter autre chose que les propos complaisants et les discours des flatteurs. Se remémorer toujours le conseil à Maître corbeau que La Fontaine met dans la bouche de Maître renard : &nbsp;&raquo; Mon bon monsieur, apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l&#8217;écoute&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Ecouter, c&#8217;est donc discerner  le bon grain de l&#8217;ivraie, le faux du vrai et le sincère de l&#8217;hypocrite. Mais il faut, au premier chef, pour écouter,  faire place au discours d&#8217;autrui, voire lui faire bon accueil, en tout cas le reconnaître comme étant légitime, même si on en partage pas le contenu ou qu&#8217;il dérange.</p>
<p>Une tare commune dans nos contrées est justement cette absence d&#8217;écoute que les injonctions de se taire dès la plus tendre enfance nourrissent continuellement. Ce qui est étrange c&#8217;est que tout le monde parle et personne n’écoute. Combien d&#8217;hommes et de femmes, d&#8217;enfants et de parents, d&#8217;amis et de relations endurent d&#8217;intolérables souffrances et sont perdus à jamais pour nous dans le silence de l&#8217;oubli.  Et souvent, celui-là ou celle-ci qui se plaint de n&#8217;être jamais entendu n&#8217;écoute pas plus.  Il est vrai que dans  certaines cultures, la nôtre en étant un bon exemple, rien  ne prépare vraiment à l&#8217;écoute d&#8217;autrui. Le paradoxe est que tout le monde parle. Mais à voix haute, à tout propos et hors de propos, pour dire tout et son contraire, dans le brouhaha général, l’élévation de la voix et les cris. Le paradoxe aussi est que l&#8217;écoute n&#8217;est de la partie dans ces cultures que quand il s&#8217;agit de s&#8217;occuper, curiosité malsaine et parfois perverse, des affaires d&#8217;autrui, la médisance &#8211; Annamima &#8211; étant élevée au statut d&#8217;un sport national dès le plus jeune âge. A notre décharge, il est vrai que ce sport est artisanal la plupart du temps, sauf au niveau des bien nommés services d&#8217;écoute qui doivent en entendre des vertes et des pas mûres. Mais, ils demeurent malgré tout relativement limités en moyens en comparaison avec les capacités formidables du &laquo;&nbsp;Réseau Echelon&nbsp;&raquo; mis en place par les USA, le Royaume Uni, le Canada, l&#8217;Australie et la Nouvelle Zélande au lendemain de la seconde guerre mondiale qui représente le plus giganstesque réseau d&#8217;écoute éléctronique de la planète. Un rapport du parlement Européen datant de 2001 en dénonce l&#8217;usage avec les ennemis comme avec les amis. Envoyer un télex, écrire un mail ou parler au téléphone, &laquo;&nbsp;C&#8217;est comme d&#8217;envoyer une lettre dans une enveloppe non fermée&nbsp;&raquo; souligne ce rapport. Alors écoutez  la voix de la prudence, tournez votre langue sept fois dans votre bouche et caressez du doigt mille fois le clavier de votre ordinateur avant d&#8217;indiquer chez qui vous allez rompre le jeûne aujourd&#8217;hui.</p>
<p>*Prochaine Chronique : « Ecouter : Prêtez- moi votre oreille ».<br />
<em>*Abdeslam Baraka<br />
</em><em>*Krishnamurti, « La Révolution du Silence », Stock ;<br />
</em><em>*Pascal Quignard, « La Haine de la Musique », Folio</em></p>
<p><em></em><em>Pour contacter Driss Alaoui Mdaghri, voir blog <strong>Idriss.ma<br />
</strong></em><em>mail  : <strong>pianodam@gmail.com</strong></em></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Chroniques Estivales et Néanmoins Ramadaniennes Manger  (2) : La vie, une petite recette de cuisine</title>
		<link>http://idriss.ma/chroniques-estivales/2011/08/26/112/</link>
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		<pubDate>Fri, 26 Aug 2011 14:31:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques estivales]]></category>

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		<description><![CDATA[Article paru dans le journal l&#8217;Economiste le 11/08/2011 &#8230;Poursuivons, aimable lecteur, une entreprise essayée, pour ceux qui ont bonne mémoire et que cela a intéressé, il y a deux ans avec quelques verbes du quotidien comme vivre, rire, voyager&#8230; Aujourd&#8217;hui Driss Alaoui Mdaghri vous propose d&#8217;autres verbes : manger, écouter, aimer, jeûner, enseigner, travailler, boire, rêver, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;" align="center"><em>Article paru dans le journal <a href="http://www.leconomiste.com/article/886073-manger2-la-vie-une-petite-recette-de-cuisinebrpar-driss-alaoui-mdaghri-professeur-et-" target="_blank">l&#8217;Economiste</a> le 11/08/2011</em></p>
<p align="center"><em>&#8230;Poursuivons, aimable lecteur, une entreprise essayée, pour ceux qui ont bonne mémoire et que cela a intéressé, il y a deux ans avec quelques verbes du quotidien comme vivre, rire, voyager&#8230; Aujourd&#8217;hui Driss Alaoui Mdaghri vous propose d&#8217;autres verbes : manger, écouter, aimer, jeûner, enseigner, travailler, boire, rêver, créer, diriger, avoir, être…Ils feront l’objet de ces chroniques estivales et néanmoins ramadaniennes que l&#8217;allégresse vacancière, la mienne comme celle du lecteur, et la disponibilité ramadanesque mettron le lecteur, avec la gaieté légère du flâneur, sur des sentiers à explorer ou à redécouvrir.</em></p>
<p>La précédente chronique chutait sur la Harira du Ramadan, cette soupe onctueuse et nourricière à nulle autre pareille inventée par quelques lointains ancêtres gourmands et gourmets à la fois. Par quels cheminements sinueux ce mets, délicieux entre tous, dans lequel les lentilles, les fèves ou les pois chiches nageant langoureusement dans un bouillon merveilleusement assaisonné et flirtant tendrement avec des bouts de viande, du concentré de tomates et des herbes aromatiques, nous est-il parvenu et est-il devenu un must incontournable des agapes ramadaniennes ? je ne sais pas vraiment. Certes, la soupe sous toutes les formes et avec tous les ingrédients possibles et imaginables est de toutes les contrées et de toutes les cultures. Sans doute à cause de la facilité avec laquelle on peut la préparer et la servir. Mais si le minestrone italien, la soupe aux crevettes et aux champignons chinoise et le velouté de légumes français sont un régal pour le palais,  la Harira marocaine a quelque chose d&#8217;unique en ce qu&#8217;elle est non seulement repas complet et savoureux, mais aussi en ce qu&#8217;elle évoque pour nous comme sensations, émotions et souvenirs. Ainsi tout mets est à la fois une image, une saveur et une odeur, en somme  un stimulateur de mémoire. En rentrant de l&#8217;école à Derb El Miter où nous habitions à Fès, la rue sentait le coriandre et le persil et avant d&#8217;arriver à la maison mes papilles palpitaient de plaisir à la perspective de retrouver la table familiale.</p>
<p><span id="more-112"></span></p>
<h3><strong>La Harira d&#8217;Alger</strong></h3>
<p>Vivant à Alger au début des années soixante dix j&#8217;invitais de temps à autre quelques amis algériens, las de consommer la Chorba locale, à venir manger la Harira, Harira que je préparais moi-même. Le livre de cuisine marocaine, alors tout nouvellement édité, de Fatima Bennani Smires, me servit de guide et notre cuisinière, Fatima, dont je n&#8217;oublierai jamais la présence bienfaisante, m&#8217;enseigna le tour de main sans lequel aucun recette ne peut seule donner un bon plat. J&#8217;appris ainsi deux choses essentielles qu&#8217;il s&#8217;agisse de cuisine, de politique, de gestion ou tout bonnement des affaires des hommes : tout est dans les proportions, le choix des ingrédients et la bonne mesure. Ensuite le soin que l&#8217;on apporte à réussir les arrangements pour le plaisir des yeux est fondamental car, comme  le dit si bien un adage du cru, c&#8217;est l&#8217;oeil qui mange. Il y a tant de choses à apprendre en dégustant une bisque, un brouet, un consommé, un bouillon, une garbure, un gaspacho, un velouté, un minestrone,  un potage, un goulash, une soupe aux gambos, une soupe aux oignons, une soupe aux nouilles ou une Tchicha, et j&#8217;en passe ! Variations humaines autour d&#8217;un unique thème auquel le Couscous, autre merveille culinaire locale, aurait pu offrir également matière à disserter et vagabonder.</p>
<div id="attachment_113" class="wp-caption alignright" style="width: 247px"><a href="http://idriss.ma/wp-content/uploads/2011/08/Arcimboldo.jpg"><img class="size-medium wp-image-113" title="Oeuvre de Giuseppe Arcimboldo (1527 - 1593) , peintre italien célèbre pour ses portraits suggérés par des végétaux, des animaux et des objets." src="http://idriss.ma/wp-content/uploads/2011/08/Arcimboldo-237x300.jpg" alt="Oeuvre de Giuseppe Arcimboldo (1527 - 1593) , peintre italien célèbre pour ses portraits suggérés par des végétaux, des animaux et des objets." width="237" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Oeuvre de Giuseppe Arcimboldo (1527 - 1593) , peintre italien célèbre pour ses portraits suggérés par des végétaux, des animaux et des objets.</p></div>
<p>La variété des soupes dans le monde devrait m&#8217;amèner  à verser dans le relativisme culinaire, beaucoup prétendant avoir la meilleure cuisine. La Chinoise, la Française et la Marocaine, en particulier, sont souvent citées. Pourtant, un rien de chauvinisme alimentaire, parfaitement assumé en la matière, me fait dire que cette dernière les surclasse de loin, quitte à chagriner mes amis français atteints pour la plupart de gallocentrisme incurable, tout comme quelques uns de nos compatriotes atteints du même gallocentrisme. Quant aux chinois, ils en ont vu d&#8217;autres et de vivre dans un puissant empire les met sûrement, tout comme les américains, à l&#8217;abri de ces classements futiles à l&#8217;instar de beaucoup de classements. J&#8217;en profite pour affirmer que n&#8217;est pas du tout futile la promotion de l&#8217;art culinaire marocain que font certains  ambassadeurs de notre culture, comme Choumicha et quelques autres, ici, à l&#8217;étranger et à travers les médias. Il n&#8217;y a aucun mal à prétendre que dans ce domaine, au moins, nous occupons le premier rang en attendant de mettre de l&#8217;ordre dans notre maison et dans le reste de nos affaires.</p>
<p>Ce journal étant un journal d&#8217;Economie, d&#8217;entreprise et de gestion &#8211; après tout entre manger et manager, il n&#8217;y a qu&#8217;une petite voyelle de différence &#8211; la métaphore culinaire me paraît on ne peut plus appropriée pour apprendre quelques  fondamentaux de cet art auquel beaucoup s&#8217;adonnent et que peu réussissent à faire avec ce qu&#8217;il faut d&#8217;efficacité et&#8230;d&#8217;humanité. On serait bien inspiré, à mon avis, d&#8217;offrir des cours de cuisine dans les écoles de gestion. Les étudiants y apprendraient sûrement des choses bien plus utiles sur la vie que de nombreux cours que l&#8217;on y dispense, car comme l&#8217;enseigne Montaigne, &laquo;&nbsp;Les saveurs sont en fait, des moyens de connaissance, des chemins de pensée, des voies de civilisation &nbsp;&raquo;.</p>
<h3><strong>Au restaurant</strong></h3>
<p>Les restaurants, ces lieux où des chefs, plus ou moins talentueux, s&#8217;activent, sont toujours des endroits hauts en couleurs et où on peut vivre toutes sortes d&#8217;aventures et apprendre toutes sortes de choses. Deux anecdotes vécues à Paris il ya de cela quelques années, me viennent à l’esprit. La première a pour théâtre un bon restaurant où j&#8217;avais invité à dîner une amie. On nous a installés à côté de deux messieurs apparemment &laquo;&nbsp;normaux&nbsp;&raquo; qui commandaient les mets les plus chers et les plus délicats avec les plus grands crus et les plus chers pendant que nous mangions sobrement en devisant gentiment de tout et de rien. Chaque fois qu&#8217;ils passaient une nouvelle commande, nous les regardions avec un rien d&#8217;envie, car ils ne se refusaient rien. La note allait sûrement être salée. Quand ils demandèrent des cigares cubains et qu&#8217;ils s&#8217;offrirent les plus chers, nous éclatâmes de rire. L&#8217;un des deux personnages se tourna alors vers nous et laissa tomber sur un ton enjoué : &#8211; Vous savez, nous n&#8217;allons pas payer ! &#8211; Ah bon ! &#8211; Oui, vous allez voir. Ils firent alors signe au garçon qui les servaient et de concert lui dirent : Nous n&#8217;allons pas payer. Il se mit à rire, tout comme nous. &#8211; Nous parlons sérieusement&#8230; Et de me proposer un cigare auquel j&#8217;aurais volontiers cédé si n&#8217;était ma crainte bien pensante de m&#8217;embarquer dans le bateau de la grivelerie. Pendant ce temps, passablement ébranlé, le garçon leur dit qu&#8217;il allait appeler le maître d&#8217;hôtel pour qu&#8217;ils voient avec lui. Pendant son absence, ils nous expliquèrent tranquillement qu&#8217;ils faisaient cela régulièrement, qu&#8217;ils mangeaient à satiété dans les meilleurs restaurants avant d&#8217;annoncer qu&#8217;ils n&#8217;allaient pas payer.  &#8211; Et alors ? &#8211; Alors, rien, on nous chasse ou on appelle la police qui nous emmène au poste où nous passons la nuit au chaud avant d&#8217;être relâchés le matin. Il faut imaginer la tête du maître d&#8217;hôtel quand ils lui annoncèrent qu&#8217;ils n&#8217;allaient pas payer.  Nous sommes partis à ce moment avant de connaître le fin mot de l&#8217;histoire, l&#8217;entendant dire : Je vais appeler la police.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La deuxième histoire m&#8217;est arrivée alors que j’étais seul lors d&#8217;un déjeuner dans un restaurant italien à Paris face à l’hôtel où je loge habituellement. On m&#8217;avait  donné une table à côté de deux hommes engagés dans une discussion animée. Bribes de conversation que j’interceptai à mon corps défendant. <em>« Tu vois, il faut introduire des changements  pour avoir une organisation plus performante… »</em> <em>« Oui, mais ils ne veulent rien changer ! »</em> <em>« On ne dirige pas un empire avec dix hommes. Il faut au moins cinquante personnes !».</em> Une jeune femme, dont leur table me séparait, jetait de temps à autre des coups d’œil obliques dans notre direction. Je saisis son regard passablement moqueur. Ils finirent par partir. L’empire n’attend pas. Deux autres hommes furent installés à la même place. L’un d’eux attaqua d’une voix tonitruante avant même qu’ils ne soient complètement assis : <em>«  Alors, toujours baroudeur ? »</em> <em>« Oui, bien sûr, je rentre d’Afrique. Je suis rappelé au service central. Je vais m’occuper des services portuaires ..  » « Au ministère ? »</em> Je tendis l’oreille, sans pudeur. <em>« Oui. Je dois rester au service central pendant trois ans avant d’avoir une nouvelle affectation à l’étranger</em>. <em>C’est la règle</em>. <em>Je pourrais éventuellement demander une mise en disponibilité et faire autre chose, mais je ne sais pas encore? »</em> <em>« Qu’est-ce que c’est qu’une mise en disponibilité ? » « Un fonctionnaire a droit à prendre un congé d’une année pendant laquelle il n’est pas payé et de retrouver son poste après » « c’est la planque quoi ? Et tes affaires de cœur, comment ça marche ? Toujours aussi séducteur ou est-ce que tu vis avec la même ?»</em>. L’homme, à la carrure athlétique rit à gorge déployée découvrant une dentition moyennement délabrée, grâce en soit rendue au tabac, avant de rétorquer :  <em>« Je vais me marier probablement sous peu». «  Tu n’étais pas marié ? » « Tu sais, j’ai échappé à quatre tentatives de meurtres » «  Ah oui ? ».</em> <em>« La quatrième fois, je me suis réveillé au milieu de la nuit et j’ai trouvé mon ex femme</em> <em>un grand couteau de cuisine dans la main, me fixant avec des yeux exorbités. »</em>  <em>« Et alors ? » « Et alors, je me suis tiré définitivement ». </em>Je décrochai un moment, le temps de  commander un minestrone et une Tagliatta de bœuf, puis je revins à mon petit exercice d’espionnage impromptu. <em>« Tu es avec quelqu’un maintenant ? » « Ah, il faut que je te raconte ce qui m’arrive » « Quoi donc ? »  « J’ai reçu il y a quelques temps un coup de téléphone de New York. C’était une femme qui  me dit : c’est Marie. Je lui demande : Marie qui ? C’était une nana avec qui j’étais sortie il y a longtemps. A priori une passade sans lendemain pour moi. Je savais qu’elle était partie s’installer aux Etats-Unis.  Elle lâcha sans crier gare qu’elle avait un enfant de sept ans et qui est mon fils ». « Sans blague, » « Je te jure. Attends un peu. Elle me propose de nous rencontrer très vite étant prête à venir en France avec son fils. Ils sont effectivement venus. C’est une métisse, et cet enfant est encore plus foncé qu’elle. Nous avons décidé de faire un test ADN pour vérifier cette affaire. Eh bien, l’enfant est de moi ! » « Tu l’as reconnu ? » « Bien sûr ! maintenant, on est en train d’examiner la possibilité de nous mettre ensemble » »Pourquoi tu ne la rejoins pas en Amérique ? » «  Et mon boulot ? » « Prends une disponibilité comme tu dis » « Pour faire quoi en Amérique ? Non, je ne vais pas vivre à ses crochets </em>».</p>
<p>Vivre aux crochets de quelqu&#8217;un, n&#8217;est-ce pas le manger aussi ? Manger ses mots, manger les cranes, manger comme quatre, manger avec les yeux, manger le temps&#8230;les expressions liées à ce mot délicieux sont innombrables dans toutes les langues et anecdotes et dans toutes les cultures. Mais quoi que l&#8217;on dise ou fasse on finit toujours par manger son chapeau. Il faut juste veiller à ne pas mourir avant d&#8217;avoir vécu et faire sienne ce dit de certain auteur : &nbsp;&raquo; Ma vie est une petite recette de cuisine que je suis en train de mettre au point&nbsp;&raquo;*.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>*Pascal Quignard, &laquo;&nbsp;La Haine de la Musique&nbsp;&raquo;.<br />
</em><em>Pour contacter Driss Alaoui Mdaghri, voir blog <strong>Idriss.ma<br />
</strong></em><em>mail  : <strong>pianodam@gmail.com</strong></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Chroniques Estivales et néanmoins ramadaniennes Manger  (1) : Du Cru au Cuit Driss Alaoui Mdaghri</title>
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		<pubDate>Fri, 26 Aug 2011 14:12:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques estivales]]></category>

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		<description><![CDATA[Article paru dans le journal l&#8217;Economiste du 04/08/2001 &#8230;Poursuivons, aimable lecteur, une entreprise essayée, pour ceux qui ont bonne mémoire et que cela a intéressé, il ya deux ans avec quelques verbes du quotidien comme vivre, rire, voyager&#8230; Aujourd&#8217;hui je vous propose d&#8217;autres verbes : manger, écouter, aimer, jeûner, enseigner, travailler, boire, rêver, créer, diriger, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;" align="center"><em>Article paru dans le journal <a href="http://www.leconomiste.com/article/885871-manger-du-cru-au-cuitbrpar-driss-alaoui-mdaghri-professeur-et-ancien-ministre" target="_blank">l&#8217;Economiste</a> du 04/08/2001</em></p>
<p style="text-align: center;" align="center"><em>&#8230;Poursuivons, aimable lecteur, une entreprise essayée, pour ceux qui ont bonne mémoire et que cela a intéressé, il ya deux ans avec quelques verbes du quotidien comme vivre, rire, voyager&#8230; Aujourd&#8217;hui je vous propose d&#8217;autres verbes : manger, écouter, aimer, jeûner, enseigner, travailler, boire, rêver, créer, diriger, avoir, être…Ils feront l’objet de ces chroniques estivales et néanmoins ramadaniennes que l&#8217;allégresse vacancière, la mienne comme celle du lecteur, et la disponibilité ramadanesque nous mettront, avec la gaieté légère du flâneur, comme dirait un de mes amis, sur des sentiers à explorer ou à redécouvrir.</em></p>
<p>Par quel bout commencer ? Question opportune pour ce qui est de manger. Elle l’est tout autant s’agissant d’écriture. Alors commençons par le commencement. Passons sur l&#8217;alimentation du foetus baignant dans un liquide amniotique aux  vertus nourricières indélébiles dont chacune de nos cellules porte à jamais la trace. La lumière du dehors n&#8217;effacera pas dans notre mémoire la douce tiédeur du refuge utérin si elle met un terme, dans le tumulte des jours, à cet état de béatitude originelle. Vient ensuite la tétée qui offre un bon début pour qui veut comprendre le caractère de ses semblables. Observez un instant le comportement des bébés avant, pendant et après la sustentation. Avant, la plupart, si l&#8217;heure fatidique est passée, s&#8217;agitent, crient, pleurent, hurlent, trépignent,  quand la faim les tenaille. Pendant, l&#8217;un se jette sur le sein de sa mère et  suce goulûment  le lait et si n&#8217;était sa petite bouche il avalerait le sein avec; l&#8217;autre savoure nonchalamment chaque goutte du liquide lacté; le troisième  procède par a coups tel un poussin qui picorerait des grains de blé; le quatrième mordille le téton avec entrain et un rien de perversité polymorphe; le cinquième détourne la tête et rejette l&#8217;offrande. Après, le bébé balance entre le sourire béat et la morgue dédaigneuse. Tout le spectre des comportements humains est là donné à contempler et à méditer&#8230;.autant de choses qui, plus tard, ressurgiront dans le vécu de chacun de manière plus ou moins visible, l&#8217;innocence en moins et la force de l&#8217;habitude en plus.</p>
<p><span id="more-105"></span></p>
<h3><strong>Du cru au cuit</strong></h3>
<div id="attachment_106" class="wp-caption alignright" style="width: 194px"><a href="http://idriss.ma/wp-content/uploads/2011/08/saturne.jpg"><img class="size-full wp-image-106" title="Saturne (Cronos chez les Grecs) dévorant l'un de ses enfants, par Goya" src="http://idriss.ma/wp-content/uploads/2011/08/saturne.jpg" alt="Saturne (Cronos chez les Grecs) dévorant l'un de ses enfants, par Goya" width="184" height="334" /></a><p class="wp-caption-text">Saturne (Cronos chez les Grecs) dévorant l&#39;un de ses enfants, par Goya</p></div>
<p>L&#8217;activité masticatoire avaleuse des humains en a inspiré plus d&#8217;un tout au long de l&#8217;histoire de la culture.  Du cru au cuit &#8211; les peuplades qui ne connaissent pas le &laquo;&nbsp;cuit&nbsp;&raquo; n&#8217;ont pas de mot pour le dire et du coup n&#8217;ont pas  non plus de mot pour dire &laquo;&nbsp;cru&nbsp;&raquo;- explique Levy Strauss, les interprétations et anecdotes abondent, des plus saignantes aux plus plaisantes.</p>
<p>La viande crue du semblable fera partie des premiers choix, si je puis dire, l&#8217;anthropophagie n&#8217;ayant probablement fait l&#8217;objet d&#8217;interdit qu&#8217;avec les religions monothéistes. S&#8217;incorporer et l&#8217;énergie et les qualités du corps de l&#8217;ennemi, voire du voisin de caverne ou du parent, n&#8217;a pas toujours été mal vu. La mythologie Grecque en donne une représentation imagée avec le mythe d&#8217;Ouranos et son meurtre  par son fils Cronos (Saturne chez les Romains), l&#8217;un des Titans qu&#8217;il a engendré en s&#8217;accouplant avec Gaia, et qui dévorera ses propres enfants. Comme quoi on ne se méfie jamais assez des plus proches.  A cet égard, le partage du repas (<em>Chrekna Tâam</em>) que le parler courant positive chez nous n&#8217;est pas forcément une protection.</p>
<p>La cuisson, le feu aidant, ne permet pas plus d&#8217;avaler la chose dans ce qu&#8217;elle a de passablement inquiétant sinon pour les papilles des divinités greco &#8211; romaines et des cannibales, du moins pour les mortels consommés après avoir grillé  au feu de bois ou mariné dans une marmite pleine d&#8217;eau bouillante.</p>
<p>Il ne faut pas croire que de nos jours tout danger soit écarté à jamais. Les hommes sont toujours prompts à reprendre leurs mauvaises habitudes dès que le vernis de la  civilisation est écorné comme le décrivent avec force détails certaines oeuvres d&#8217;anticipation qui mettent en scène une terre dévastée par la guerre, les catastrophes naturelles ou&#8230;d&#8217;éventuels envahisseurs extra-terrestres mangeurs d&#8217;hommes.</p>
<h3><strong>Ne pas manger les gens</strong></h3>
<p>Et puis il y a ce que l&#8217;on peut qualifier d&#8217;anthropophagie symbolique dont un dit marocain traduit toute la portée : &nbsp;&raquo; je ne mange pas les gens&nbsp;&raquo; ( au sens où on ne prend pas leurs biens indûment).</p>
<p>Tout cela pourrait couper l&#8217;appétit ! Cela ne ressemblerait pourtant guère à notre espèce. A vrai dire, elle est formatée pour se mettre sous la dent, qu&#8217;elle a vorace et aiguisée, tout ce qui lui tombe sous la main.  Cela va de la cervelle de singe vivant aux brochettes de scorpions grillés, les Cantonnais ayant forgé un proverbe superbement explicite. &laquo;&nbsp;Les Chinois mangent tout ce qui vole sauf les avions, tout ce qui a quatre pieds sauf les tables, tout ce qui nage sauf les sous-marins&nbsp;&raquo;. Ajoutons notre grain de sel : &laquo;&nbsp;&#8230;et tout ce qui rampe sauf les trains et les individus sans dignité&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Cervelle de singe, chair de serpent, vers à soie&#8230; Non, ne faites pas cette moue de dégout. Les cuisses de grenouille, les sauterelles grillées et les escargots visqueux ne paraissent pas moins repoussants à certains. Je garde le souvenir d&#8217;une scène vécue chez moi avec des invités anglais à l&#8217;époque où, étudiant, je conviais chez mes parents tous les étrangers que je rencontrais. C&#8217;était au petit déjeuner où des têtes de mouton à l&#8217;étuvée ( Ras Mbakhar) furent servis. Un ami marocain présent  s&#8217;avisa d&#8217;énucléer une tête et d&#8217;offrir l&#8217;oeil ahuri de la brave bête à sa voisine, une anglaise, sur laquelle cette attention délicate eut un effet immédiat : elle tourna de l&#8217;oeil.</p>
<p>Mettons donc les pieds dans le plat &#8211; ce qui n&#8217;est pas qu&#8217;une métaphore puisque les pieds de veau en sont justement un, et délicieux de surcroît -  car on pourrait croire que c&#8217;est le Ramadan qui me fait divaguer ainsi ? Outre le fait que je ne jeûne pas &#8230;pour des raisons qui ne regardent que le ciel, mon médecin et moi, bien manger est une activité que peu de mortels détestent, à titre individuel ou collectif. Ainsi, dans les affaires des nations, cette phrase éclairante de Churchill à la fin de la deuxième guerre mondiale : &laquo;&nbsp;Pour la Russie, c&#8217;est un gros animal qui a eu faim très longtemps. Il n&#8217;est pas possible aujourd&#8217;hui de l&#8217;empêcher de manger, d&#8217;autant plus qu&#8217;il est parvenu au milieu du troupeau des victimes. Mais il s&#8217;agit qu&#8217;il ne mange pas tout&nbsp;&raquo;. Il est vrai que la Russie était alors dirigée par celui que l&#8217;on appelait &laquo;&nbsp;L&#8217;Ogre du Kremlin&nbsp;&raquo;, alias Staline.</p>
<p>Me revient en mémoire, mémoire souvent stimulée par une imagination fantasque et vagabonde, un texte d&#8217;Ibn Batuta*, qui vante les vertus aphrodisiaques de certain fruit mélangé au miel et à d&#8217;autres ingrédients aux Maldives et que l&#8217;abstinence ramadanienne de mes compatriotes et un rien de pudibonderie encore présente me recommande de ne pas citer littéralement. Mais, les curieux pourrant le lire, dans le texte référencié, à la page 222. Rabattons &#8211; nous  sur un autre texte plus innocent du même qui décrit un repas de rupture du jeûne avec le Sultan de Hinaour qui nous permettra de terminer cette chronique de manière moins discutable :</p>
<p>« Une belle esclave enveloppée d’une étoffe de soie, arrive et fait placer devant le prince les marmites contenant les mets. Elle tient une grande cuillere de cuivre, avec laquelle elle puise une cuillerée de riz, qu’elle verse dans le plateau ; elle répand par-dessus du beurre fondu, y met du poivre en grappes confit, du gingembre vert, des limons confits et des mangues. Le convive mange une bouchée, et le fait suivre de quelques portions de ces conserves. Lorsque la cuillère que l’esclave a placée dans le plateau est consommée, elle puise une autre cuillerée de riz, et sert sur une écuelle une poule cuite, avec laquelle on mange encore du riz. Cette seconde portion achevée, elle puise encore dans la marmite et sert une autre espèce de volaille, que l’on mange toujours avec du riz. Quand on a fini d’avaler les différentes espèces de volailles, on apporte diverses sortes de poissons, avec lesquels on prend encore du riz. Après les poissons, on sert des légumes cuits dans le beurre et le laitage, et qui sont mangés aussi avec du riz ».</p>
<p>Après ça ne vous plaignez pas de prendre de la Harira tous les jours pendant le Ramadan Mais la Harira, est une autre histoire que je vous raconterai la prochaine fois.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="color: #808080;"><em>*Ibn Batuta, « Voyages », Editions La Découverte.<br />
</em><em>Pour contacter Driss Alaoui Mdaghri, voir blog <strong>Idriss.ma<br />
</strong></em><em>mail  : <strong>pianodam@gmail.com</strong></em></span></p>
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		<title>De la communication au Ministère de l’Energie et des Mines*</title>
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		<pubDate>Fri, 26 Aug 2011 14:04:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interventions et Conférences]]></category>

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		<description><![CDATA[Think global, act local Je voudrais tout d’abord remercier l’Amicale des Ponts et Chaussées pour l’invitation qui m’a été adressée pour intervenir dans ce colloque à propos de la communication au Ministère de l’Energie et des Mines. L’inconvénient avec les concepts « sur employés », « sur utilisés », c’est qu’ils finissent par en perdre du sens et de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><em>Think global, act local</em></p>
<p>Je voudrais tout d’abord remercier l’Amicale des Ponts et Chaussées pour l’invitation qui m’a été adressée pour intervenir dans ce colloque à propos de la communication au Ministère de l’Energie et des Mines.</p>
<p>L’inconvénient avec les concepts « sur employés », « sur utilisés », c’est qu’ils finissent par en perdre du sens et de la substance. Les effets de mode y sont pour beaucoup. Or, s’il faut parfois sacrifier à la mode, il est extrêmement important de faire la différence entre chaque mot et la chose qu’il désigne, car à confondre les deux, on finit par entretenir les malentendus, voire à dire le contraire de ce qu’on veut dire.</p>
<p>Il est vrai que le développement formidable des moyens de communication et que la médiatisation à outrance qui existe aujourd’hui dans toutes les sociétés, font que la communication subit les effets négatifs de toutes sortes de déviations. Pour autant, il y a une demande réelle d’explication qui traverse de part en part l’ensemble des sociétés humaines et de leurs groupements. Mais attention aux manipulations et au camouflage des vrais problèmes et au développement de fausses valeurs.</p>
<p><span id="more-101"></span></p>
<p>C’est avec ces quelques réserves préliminaires que je veux introduire mon propos en essayant de faire preuve de discernement et d’expliquer le plus clairement possible l’action qui est menée au Ministère de l’Energie et des Mines. Cette action ne représente qu’un exemple, imparfait au demeurant, qu’il faut inscrire dans son contexte global afin d’en tirer un certain nombre d’enseignements. Je crois, en effet, à cette idée de bon sens qui consiste à appréhender les choses globalement, mais à agir localement. Cette idée procède d’une démarche personnelle fondée sur la conviction qu’il faut penser les choses de façon globale et les agir de façon locale, ce que la langue anglaise traduit à mon sens de façon plus percutante : « Think global, act local ».</p>
<p>La nécessité de donner un sens à la politique de communication dans une organisation, l’expérience du Ministère de l’Energie et des Mines et l’évaluation qu’il est possible d’en faire, constituent les trois axes autour desquels s’articulera cette réflexion à voix haute.<strong> </strong></p>
<h3><strong>De la recherche du sens</strong><span class="Apple-style-span" style="font-weight: normal;"> </span></h3>
<p>S’agissant de la nécessité de donner du sens à la politique de communication, l’équation est à trois termes : il y a, en premier lieu, l’exigence éthique. Il y a ensuite ce que j’appellerai, faute de mieux, le choix de société et il y a, enfin, les impératifs d’efficacité puisque pour l’Administration &#8211; et c’est au cœur de ce colloque -, telle qu’elle est abordée dans les différentes interventions, l’efficacité devrait être un impératif premier dans un monde où il faut produire, où il faut agir, où il faut réaliser.</p>
<p><strong>L’exigence éthique.</strong> Là encore on a affaire à un mot qui connaît une fortune singulière aujourd’hui, fortune, peut-être, inversement proportionnelle à sa pratique. C’est cela précisément qui fait de l’éthique une exigence et une urgence. Si la fin de toute politique, de toute action n’est pas l’homme, à quoi bon faire ce que nous faisons ? Affirmation de foi métaphysique, philosophique ? Pas seulement. Véritable guide d’action, principe fondamental d’une pratique concrète qui donne sens et substance à nos actes et à nos choix. Quel est notre propos dans toute organisation, si ce n’est de produire du bien-être et d’offrir un environnement où les hommes qui travaillent et ceux qui sont en rapport avec elle peuvent s’épanouir et progresser. Il ne s’agit pas seulement de produire de la richesse matérielle et de la distribuer sous une forme ou sous une autre, mais il faut encore que chacun en retire le sentiment que ce qu’il fait a un sens. Que chacun agisse pour quelque chose qui le transcende et qui lui permet d’être partie prenante d’une action dépassant largement l’individualisme étriqué.</p>
<p>L’exigence éthique, c’est aussi le sens de la responsabilité, plus que cela, en vérité : une ascèse de la responsabilité. Permettez-moi ici d’ouvrir une parenthèse. Partout, la question de la responsabilité revient, chacun entendant se dédouaner à ce point de vue. Vous avez fait ou vous n’avez pas fait ; vous êtes responsable ou vous n’êtes pas responsable de telle ou telle chose ; dans notre culture, il faut le dire, la réponse la plus fréquente- scrutez votre propre expérience- est de dire : ce n’est pas moi, c’est l’autre. Ce n’est pas de ma faute, c’est la faute de l’autre. Rejet infantile de la responsabilité qui ne peut qu’entretenir l’irresponsabilité et le refus de s’assumer. L’éthique, ici, consiste à dire : je suis responsable. A des degrés divers, selon les cas, certes. Mais, il est trop commode de rejeter en permanence la responsabilité sur autrui. Il est vrai que toutes les sociétés sont friandes de boucs émissaires et personne ne veut jouer le rôle de victime. Mais c’est cette logique-là du bouc émissaire qu’il faut combattre car ainsi que nous l’apprend la sagesse la mieux ancrée dans toutes les sociétés humaines Errare humanum est, perseverare diabolicum est.</p>
<p>Une éthique dans la cité, c’est aussi le sens du devoir. Ce n’est pas d’attendre ce que les autres vont faire pour moi mais de voir ce que je peux faire pour les autres. John KENNEDY disait <em>« Ne demandez pas à votre pays ce qu’il peut faire pour vous mais ce que vous pouvez faire pour votre pays » </em>C’est vrai d’un pays, c’est vrai de toute organisation à laquelle on adhère. Bien sûr, il y a des droits, il y a des revendications légitimes et compréhensibles. Mais, n’oublions jamais que nous sommes, nous autres agents publics, les dépositaires de la confiance des citoyens. C’est cela l’éthique aussi. C’est pour cela qu’il faut en permanence expliquer ce que nous faisons, pourquoi nous le faisons. C’est là qu’une politique de communication prend sens.</p>
<p><strong>Un choix de société.</strong> La politique de communication s’inscrit également dans le cadre d’un choix de société. Je vais être schématique et bref, forcément peu nuancé. Mais si on devait mettre en balance les deux types d’organisation sociale qui ont marqué le 20<sup>ème</sup> siècle, les sociétés totalitaires d’un côté et les sociétés démocratiques de l’autre côté, les premières ont été opaques et fermées, réfractaires donc à la communication autre que celle de la langue de bois, et les secondes ont été plus ouvertes, plus transparentes et moins résistantes au débat démocratique et à l’explication publique. Cela ne va pas, certes, sans manipulations ni confusions mais, je l’ai déjà dit, je ne peux ici qu’être bref.</p>
<p>Je crois que notre pays, grâce à la vision de Sa Majesté le Roi, est en train de se diriger progressivement vers un type de société ouverte où existe un débat public responsable et mûr. Dès lors, l’obligation d’expliquer et de rendre compte ne sont pas que de simples instruments d’amélioration de l’efficacité, mais participent d’une démarche et d’une visée plus fondamentales.</p>
<p><strong>La question de l’efficacité.</strong> Toutes les organisations, qu’il s’agisse des organisations entrepreneuriales ou des organisations administratives, sont créées pour rendre un certain nombre de services ou produire un certain nombre de biens. S’agissant des organisations industrielles et commerciales, la question se pose dans des termes quelque peu différents des organisations administratives parce que les instruments de mesure de l’efficacité des premières et les sanctions de leur action existent. Ce sont les bilans, les comptes, le profit, le marché, la faillite ou l’expansion. Dans les organisations publiques, à l’inverse, les choses sont plus complexes. C’est un fait, que les entreprises publiques se préoccupent de plus en plus de rentabilité et intègrent, non sans mal, les règles qui président au fonctionnement des entreprises privées, Seulement, l’entreprise privée non efficace peut être sanctionnée de façon définitive par le marché : elle disparaît. L’entreprise publique, quant à elle, est souvent protégée en dépit de tout.</p>
<p>Pour ce qui est des administrations, qui représentent l’archétype des organisations publiques, quels instruments fiables utiliser pour mesurer l’efficacité ? Et il n’y a pas de sanction du marché même si la sanction politique dans une société démocratique existe. Seulement, on n’a encore jamais vu une Administration disparaître, sauf à changer de nom ou de domiciliation ; et la bureaucratie s’épanouit tranquillement sous toutes les latitudes. Mais le discours sur la Réforme Administrative globale persiste, témoignage d’un besoin que chacun ressent, mais d’un objectif probablement impossible à atteindre. Le malentendu, là, est grand, car partout, la Réforme Administrative a toujours été avancée comme la panacée universelle. Rien de plus illusoire ! Il n’y a de réformes que localisées, partielles qui, par leur addition et leur mise en place patiente et longue, sont susceptibles de produire des effets véritables. Que ces réformes s’inscrivent dans une vision d’ensemble, rien de plus naturel, de plus nécessaire. Mais pas plus que la réforme globale de l’Enseignement, la réforme globale de l’Administration n’est autre chose qu’un miroir aux alouettes, et dans certains cas un produit de consommation démagogique.</p>
<p>D’améliorer est cependant nécessaire. Les organisations administratives en ont sûrement plus besoin que d‘autres types d’organisations. Même s’il n’y a pas d’instrument de mesure, même s’il n’y a pas de sanction du marché, même si l’opinion publique n’obtient pas toujours les comptes qu’elle exige ni les services qu’elle demande. Les responsables sont, démocratie oblige, de plus en plus interpellés et la crédibilité est nécessaire pour avancer et pour agir. Pour cela, il faut des organisations avec des cadres motivés et des partenaires qui comprennent ce qu’elles font. De là, la nécessité d’une politique de communication qui joue pleinement son rôle.</p>
<h3><strong>De l’expérience du ministère de l’énergie et des mines</strong></h3>
<p>J’aurais pu venir tout simplement ici pour vous dire &#8211; c’est ce qui m’avait été demandé : voilà ce que nous faisons au ministère de l’Energie et des mines en matière de communication. Mais de placer cette action dans le contexte de principes et de choix qui est le sien permet de mieux en comprendre le sens et d’en mesurer l’ambition et la portée.</p>
<p>L’expérience a démarré au Ministère de l’Energie et des Mines de la façon suivante : l’écoute d’abord. Je crois qu’il ne peut y avoir de politique de communication qui ne se fonde sur l’écoute de l’autre. Une écoute réciproque. Cette attitude de bon sens fait souvent défaut. Plus encore dans notre contexte ; le plus souvent on s’écoute soi-même et on est peu attentif aux désirs et aux points de vue d’autrui. D’autant plus que l’organisation de l’espace n’est pas faite pour faciliter l’échange. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours installé des tables rondes dans mes lieux de travail pour, précisément, obtenir en plus d’un effet de convivialité, un effet de communication dans les réunions avec les différents responsables. C’est anecdotique, mais cela permet, l’expérience le prouve, à la parole de circuler de façon plus fluide et moins stratifiée.</p>
<p>La communication au ministère, cela a consisté aussi à aller à la rencontre des cadres à tous les niveaux. Ainsi, dès le début, j’ai tenu des réunions régulières avec les cadres, en groupe de 20 à 30 chacun, réunions de une à trois heures de durée selon les groupes. Je leur disais : <em>« Bien…je vous écoute, parlez de ce qui vous tient a cœur. Je vous dirai après ce que je pense et ce qui me tient à cœur. »</em> Dans tous les groupes, une constante revenait dans tous les propos : <em>« la chose la plus importante, c’est d’abord que vous nous écoutiez, que quelqu’un se mette avec nous et nous écoute. Bien sûr nous avons d’autres demandes. Mais cela déjà est en soi essentiel. » </em>Venait ensuite, pendant ces réunions, l’exposé des difficultés, des problèmes, des suggestions et des recommandations. J’ai recueilli pour ma part une foule d’informations qui m’ont permis de bâtir ma propre vision de l’organisation dont j’ai la charge et de l’adapter au fur et à mesure à l’évolution des choses. J’en profitais pour expliquer la politique que j’entendais mener et les actions à initier.</p>
<p>Dans une deuxième phase, nous avons organisé des réunions résidentielles avec des groupes de 150 à 200 cadres, en weekend à Marrakech et Mohammedia. Ces séminaires résidentiels, auxquels étaient invités les cadres avec leurs conjoints, outre qu’ils étaient destinés à créer une atmosphère détendue, contribuaient à poursuivre l’effort d’explication entamé. Mon propos la plupart du temps était le suivant : « Voilà ma conception de la vie ». Les cadres, me semble-t-il, comprenaient très bien que je ne leur proposais pas de partager cette conception de la vie, mais l’essentiel pour eux, était qu’ils écoutaient un langage qui se voulait authentique, basé sur la confiance, le respect mutuel et l’acceptation de la différence.</p>
<p>A côté de cela, une étude de motivation a été entreprise au Ministère avec l’aide de consultants extérieurs marocains. Ces consultants ont mené une enquête basée sur un questionnaire recoupé par des interviews directes afin de mieux cerner la nature des attentes et des besoins des cadres. Enfin, un comité de Direction a été créé regroupant les principaux responsables du Ministère. Lors de la première réunion, j’ai demandé : <em>« Qu’est-ce que nous allons faire ensemble ? »</em> La réponse : <em>« Qu’est ce que vous voulez que nous fassions dans le Comité de Direction ? »</em> J’insistai : « Dites-moi, vous, ce que vous voulez que nous fassions. » Plusieurs interventions eurent lieu. <em>« Eh bien, écoutez, nous allons discuter des problèmes communs, par exemple des Œuvres Sociales »</em> ou encore <em>« Nous allons discuter de l’affectation des moyens de transport ». « Oui, certainement, mais nous discuterons aussi de tout ce qui concerne ce département parce que le point de vue du Directeur des Mines sur les questions liées à l’énergie est intéressant autant que celui du Directeur de l’Energie sur la géologie, etc. Le principal est d’avoir constamment des points de vue multiples et des approches diverses par rapport à un même problème ».</em></p>
<p>L’objectif était non seulement de permettre une circulation intensive de l’information, mais en même temps, d’aider à la prise de décision et à la création d’un esprit d’équipe. C’est cela qui contribue à impulser la culture du changement dans une organisation. La communication suppose que l’on ait quelque chose à communiquer. Elle ne peut en aucun cas consister en de simples gadgets ou de simples arguments publicitaires plus ou moins sophistiqués. C’est cette approche là qui a servi à l’examen des questions les plus anodines comme des problèmes les plus épineux, telle la fermeture d’une mine ou la crise de l’électricité. Un autre exemple encore en matière de communication interne, c’est la question de l’informatique, instrument de gestion certainement, mais instrument de facilitation de la circulation de l’information au premier chef. Faire comprendre que l’informatique ce n’est pas simplement d’additionner la quincaillerie, qui ne manquait pas du reste au ministère, mais, chose banale, peut servir pour le traitement de texte, la conservation et la diffusion de l’information, etc. Un travail patient de généralisation de l’utilisation de l’informatique a été engagé là où il n’existait pas et renforcé là où il existait. D’autres actions ont été initiées, comme le lancement d’un bulletin interne, la reprise en main des œuvres sociales…</p>
<p>Tout ce mouvement s’est accompagné d’actions de communication externe pour expliquer aux différents partenaires de notre environnement les projets et les politiques du département. L’effet attendu était double : mieux faire comprendre ce que nous faisions aux autres et par rétroaction renforcer le sentiment d’appartenance des cadres à un département crédible et écouté.</p>
<p>Il y a ainsi un effet de diffusion de la même démarche à l’intérieur de l’organisation et un effet d’entraînement sur l’ensemble des organismes sous tutelle du Département.</p>
<p>L’amélioration du climat social par des actions bien ciblées (appui apporté aux coopératives de logement, programmes de formation et de perfectionnement, etc.) et par la réorganisation, tout cela contribue à l’intériorisation de pratiques qui, peu à peu, finissent par bâtir une culture nouvelle plus ouverte, plus compatible avec la volonté de changement et finalement plus adaptée.</p>
<h3><strong>De l’évaluation</strong></h3>
<p>Je n’ai pas le temps ici de développer dans le détail l’ensemble de ce qui a été fait ni d’en évaluer l’impact en profondeur. D’autant plus que le recul temporel et personnel me manque pour une évaluation objective. Quelques indices, cependant, permettent d’esquisser l’évaluation de la politique menée au sein du Ministère de l’Energie et des Mines en tant qu’accompagnant la politique de changement organisationnel et administratif.</p>
<p>D’abord, l’auto-évaluation. Elle est indispensable en permanence pour corriger le tir, quand c’est nécessaire, d’imaginer des solutions nouvelles et maintenir l’effort pédagogique. Pour ce faire, des séances périodiques d’évaluation avec l’équipe dirigeante du ministère. Cela suppose évidemment que chacun procède à son évaluation personnelle : ce que j’ai fait est-il conforme aux principes que j’ai et aux objectifs fixés ? Pour ma part, mes principes et mes objectifs découlent d’exigences éthiques et de choix démocratiques sur lesquels je me suis assez longuement étendu au début de cette communication. Je crois aussi à l’efficacité en tant que moyen au service de l’homme. Le « je », ici, n’est pas égocentrique, c’est beaucoup plus une prise de parole responsable. C’est à cela que chacun est invité. Il y a forcément beaucoup de subjectivité dans une telle approche. C’est précisément pour cela qu’intervient l’inter-évaluation, plus large, au sein des différents comités créés. Réfléchir ensemble et se dire : <em>« est-ce que nous sommes sur la bonne voie ? Est-ce que les choses vont comme nous le souhaitons ? »</em> Les rencontres avec les cadres servent également à cela. Même si l’inter-évaluation ne procède pas de questions aussi tranchées et ne se fait pas toujours de manière organisée, elle est présente dans les échanges et les débats relatifs aux différents enjeux que nous rencontrons dans notre gestion du secteur.</p>
<p>Enfin, il y a l’évaluation extérieure à laquelle notre environnement procède. Il nous renvoie notre image réelle ou déformée, mais toujours utile pour corriger et avancer. Les lieux d’évaluation externe sont multiples, qu’il s’agisse des instances supérieures ou des instances de contrôle politique, de la presse ou de l’opinion publique. Cela incite à une adaptation constance de la politique de communication pour mieux faire comprendre, pour emporter l’adhésion, pour agir en harmonie avec l’ensemble des partenaires.</p>
<p>Je crois pour l’essentiel, que si la maturation de ce genre de démarche est toujours lente, le mécanisme est enclenché. Je ne crois pas, je l’ai suffisamment répété, aux réformes globales, totales, à travers lesquelles <em>« il n’y a qu’à…. »</em> Pour obtenir le changement du monde et des hommes. Je ne crois pas aux actions brutales, mais pédagogiques, progressives. Toute action en matière de changement administratif, pour être profonde et réelle, se doit d’être pragmatique, bien ciblée et déterminée. La communication interne et externe en représente à la fois une composante et un moteur.</p>
<p>Quelle conclusion tirer du croisement de l’ensemble de ces évaluations provisoires ? Je suis certainement mal placé pour dire que nous avons réussi ou que nous n’avons pas réussi. J’ai le sentiment, malgré tout, qu’un certain nombre d’améliorations ont été apportées. Je le vois à travers les réactions des uns et des autres, à travers la façon dont les problèmes sont aujourd’hui posés, à travers la façon dont les propositions de solutions surgissent et le changement intervient. Le secteur de l’électricité, à cet égard, représente un exemple parfaitement éloquent. Si nous souffrons en effet d’un déficit de production, nous souffrons aussi d’un déficit de communication. Aussi bien, s’il faut prendre des mesures structurelles pour résoudre les problèmes de production, faut-il également mener des actions d’information, de sensibilisation en direction des usagers ?</p>
<p>Pour terminer, permettez-moi de faire appel à une métaphore utilisée par John Kenneth Galbraith qui comparait la bureaucratie au bourdon. Ce dernier, disait-il, représente un véritable défi aux lois de l’aérodynamique avec son corps énorme et ses petites ailes. Pourtant, il vole. L’Administration, cette bureaucratie gigantesque, est un bourdon. Et toute prétention à vouloir la changer invite parallèlement à une infinie modestie. Mais l’optimisme de la volonté est ici nécessaire, car sans cela rien n’est possible. Le possible consiste souvent à imiter, puis à améliorer et enfin à innover. Faisons cela en matière de communication dans les administrations comme en d’autres domaines. Nous progresserons.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><em><span style="color: #808080;">*Intervention lors du Colloque sur l’Administration et le Développement organisé par  l’Amicale des Ingénieurs des  Ponts et Chaussées, l’association des Inspecteurs des Finances et la Confédération Générale Economique Marocaine, 1993.</span></em></p>
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		<title>Wait and see</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 12:14:29 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;entraineur du onze anglais appréhende les conditions climatiques qui prévaudront lors des matchs à disputer par son équipe au Mundial 1986.</p>
<p>Un britannique journaliste écrit à ce sujet : &laquo;&nbsp;Si l&#8217;équipe d&#8217;Angleterre ne peut &#8216;se payer&#8217; le 11 marocain sous n&#8217;importe quelles conditions, alors le voyage au Mexique ne se justifie presque pas&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Mais, just a minute.</p>
<p>L&#8217;Equipe du Maroc n&#8217;est pas à vendre. Et de un.</p>
<p>Le flegme et le sens de l&#8217;humour britanniques se perdent. Et de deux.</p>
<p>Et puis ne sont-ce pas les Anglais qui disent Wait and see. Et de trois.</p>
<p>En attendant les compétitions, voilà un premier score.</p>
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		<title>La coupe du Monde</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 12:10:59 +0000</pubDate>
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<p>Je vous le dis, la Coupe du Monde déborde. Alors, Mesdames et Messieurs les violents, de grâce, prenez la coupe mais laissez le monde.</p>
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		<title>Les extra-lucides</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 12:08:48 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Les voyants, chiromanciens et autres diseurs de bonne aventure ne chôment pas en cette fin d&#8217;année. Et de prédire le rhume qu&#8217;attrapera untel, le cyclône qui ravagera telle région, les guerres qui se produiront ici ou là, le taux du dollar qui se mettra au vert, etc&#8230; La demande en expansion aidant les extra-lucides, à [...]]]></description>
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<p>Et de prédire le rhume qu&#8217;attrapera untel, le cyclône qui ravagera telle région, les guerres qui se produiront ici ou là, le taux du dollar qui se mettra au vert, etc&#8230;</p>
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