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	<description>Driss Alaoui Mdaghri</description>
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		<title>Wait and see</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 12:14:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Regards Obliques (1986)]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;entraineur du onze anglais appréhende les conditions climatiques qui prévaudront lors des matchs à disputer par son équipe au Mundial 1986.
Un britannique journaliste écrit à ce sujet : &#171;&#160;Si l&#8217;équipe d&#8217;Angleterre ne peut &#8217;se payer&#8217; le 11 marocain sous n&#8217;importe quelles conditions, alors le voyage au Mexique ne se justifie presque pas&#160;&#187;.
Mais, just a minute.
L&#8217;Equipe [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;entraineur du onze anglais appréhende les conditions climatiques qui prévaudront lors des matchs à disputer par son équipe au Mundial 1986.</p>
<p>Un britannique journaliste écrit à ce sujet : &laquo;&nbsp;Si l&#8217;équipe d&#8217;Angleterre ne peut &#8217;se payer&#8217; le 11 marocain sous n&#8217;importe quelles conditions, alors le voyage au Mexique ne se justifie presque pas&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Mais, just a minute.</p>
<p>L&#8217;Equipe du Maroc n&#8217;est pas à vendre. Et de un.</p>
<p>Le flegme et le sens de l&#8217;humour britanniques se perdent. Et de deux.</p>
<p>Et puis ne sont-ce pas les Anglais qui disent Wait and see. Et de trois.</p>
<p>En attendant les compétitions, voilà un premier score.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>La coupe du Monde</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 12:10:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Regards Obliques (1986)]]></category>

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		<description><![CDATA[La Coupe du Monde est pleine de détournements d&#8217;avions, explosions de bombes, rapts, viols, incendies criminels, et j&#8217;en passe&#8230;
Je vous le dis, la Coupe du Monde déborde. Alors, Mesdames et Messieurs les violents, de grâce, prenez la coupe mais laissez le monde.
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La Coupe du Monde est pleine de détournements d&#8217;avions, explosions de bombes, rapts, viols, incendies criminels, et j&#8217;en passe&#8230;</p>
<p>Je vous le dis, la Coupe du Monde déborde. Alors, Mesdames et Messieurs les violents, de grâce, prenez la coupe mais laissez le monde.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Les extra-lucides</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 12:08:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Regards Obliques (1986)]]></category>

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		<description><![CDATA[Les voyants, chiromanciens et autres diseurs de bonne aventure ne chôment pas en cette fin d&#8217;année.
Et de prédire le rhume qu&#8217;attrapera untel, le cyclône qui ravagera telle région, les guerres qui se produiront ici ou là, le taux du dollar qui se mettra au vert, etc&#8230;
La demande en expansion aidant les extra-lucides, à défaut d&#8217;un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les voyants, chiromanciens et autres diseurs de bonne aventure ne chôment pas en cette fin d&#8217;année.</p>
<p>Et de prédire le rhume qu&#8217;attrapera untel, le cyclône qui ravagera telle région, les guerres qui se produiront ici ou là, le taux du dollar qui se mettra au vert, etc&#8230;</p>
<p>La demande en expansion aidant les extra-lucides, à défaut d&#8217;un public vraiment lucide, se font en ce moment beaucoup d&#8217;extras.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>P.V.D. &#8211; Amérique, même combat</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 12:06:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Regards Obliques (1986)]]></category>

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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Mettez-vous à notre place&#160;&#187; demandent depuis des lustres les P.V.D. fortement endettées (1.000 milliards de dollars) aus pays riches.
Il semble que cela ne soit pas tombé tout à fait dans l&#8217;oreille d&#8217;un sourd. L&#8217;Amérique, vient-on d&#8217;annoncer, aura également une dette à la fin de la décennie 1990 de 1.000 milliards de dollars.
P.V.D.-Amérique, même combat
Et puisque [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&laquo;&nbsp;Mettez-vous à notre place&nbsp;&raquo; demandent depuis des lustres les P.V.D. fortement endettées (1.000 milliards de dollars) aus pays riches.</p>
<p>Il semble que cela ne soit pas tombé tout à fait dans l&#8217;oreille d&#8217;un sourd. L&#8217;Amérique, vient-on d&#8217;annoncer, aura également une dette à la fin de la décennie 1990 de 1.000 milliards de dollars.</p>
<p>P.V.D.-Amérique, même combat</p>
<p>Et puisque c&#8217;est l&#8217;Amérique qui fabrique les dollars, une suggestion : au lieu de 1.000 milliards, peut-être pourrait-elle fabriquer le moment venu 2.000.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Jurisprudence</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 12:00:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Regards Obliques (1986)]]></category>

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		<description><![CDATA[M. Bouteflika, ancien Ministre Algérien des Affaires Etrangères, se fait évincer du pouvoir et se met à critiquer les dirigeants en place. Aussitôt la Cour des Comptes de son pays incrimine sa gestion.
M. Ben Bella, ancien Président de l&#8217;Algérie, demande le respect des droits de l&#8217;homme par ces mêmes dirigeants. Aussitôt la Cour publie un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>M. Bouteflika, ancien Ministre Algérien des Affaires Etrangères, se fait évincer du pouvoir et se met à critiquer les dirigeants en place. Aussitôt la Cour des Comptes de son pays incrimine sa gestion.</p>
<p>M. Ben Bella, ancien Président de l&#8217;Algérie, demande le respect des droits de l&#8217;homme par ces mêmes dirigeants. Aussitôt la Cour publie un arrêt mettant en cause sa gestion d&#8217;il y a vingt ans.</p>
<p>C&#8217;est ainsi que naît une jurisprudence.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Voyager 3 : D’une croisière à l’autre</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 11:56:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques estivales]]></category>

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		<description><![CDATA[On l’aura constaté, ce sont des expériences  personnelles qui font la substance de ces chroniques estivales. On pardonnera à l’auteur les excès auxquels, parfois, cela conduit à trop parler de soi, mais mon intention est seulement de donner à lire du vécu, chacun en tirant ce qu’il veut comme enseignement pour lui-même.
Dans les deux précédentes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On l’aura constaté, ce sont des expériences  personnelles qui font la substance de ces chroniques estivales. On pardonnera à l’auteur les excès auxquels, parfois, cela conduit à trop parler de soi, mais mon intention est seulement de donner à lire du vécu, chacun en tirant ce qu’il veut comme enseignement pour lui-même.</p>
<p>Dans les deux précédentes chroniques, j’ai relaté des aventures de jeunesse. La « Croisière du Maghreb » et la « Croisière Maghreb Europe  pour la Création d’Entreprise » ont eu lieu des lustres plus tard à un moment où des horizons nouveaux s’ouvraient à mon penchant pour les voyages.</p>
<p><span id="more-79"></span></p>
<p>Quand on parle de croisière on pense d’abord à ces pérégrinations dans des paquebots de luxe où des snobs désoeuvrés promènent, indifférents au reste du monde, qui leur lassitude , qui leur égoïsme. Avec les deux croisières dont il est question ici on est loin du charme désuet des périples que s’offraient les riches d’antan.</p>
<p>Ces deux croisières seront pour des centaines de personnes des moments intenses de mobilisation sociétale, d’esprit d’entreprise et de travail collaboratif. Elles auront, du reste,  un écho non négligeable au Maroc et dans la Région en raison, certes, de la forte médiatisation dont elles ont bénéficié, mais aussi de leur originalité.</p>
<p>La première intervint dans l’enthousiasme des débuts de l’Union du Maghreb Arabe en mars 1989. « La Croisière du Maghreb », ainsi qu’on la désigna, tombait à point nommé pour symboliser le sentiment unitaire. C’est l’association Fès Saïs qui avait pris l’initiative d’organiser cet évènement. J’avais donné un coup de main modeste à la réalisation de ce projet avec d’autant plus d’empressement qu’un an auparavant, nous avions travaillé, au sein de l’Association Marocaine de Gestion (AMG) sur l’idée d’organiser des Assises Nationales du Management, à bord du  «  Marrakech » avec le petit groupe d’amis qui composaient le comité directeur auquel s’était joint Hassan Abouyoub, alors directeur du commerce extérieur.</p>
<p>Quelques mois plus tard, Mohamed Kabbaj, président de Fais Saïs et ministre de l‘équipement me téléphona pour me demander de donner un coup de main à l’organisation de la « Croisière du Maghreb » dans le cadre d’une des commissions préparatoires. J’acceptai volontiers.</p>
<p>Or, le hasard faisant souvent les choses à notre place,  voilà que, quelques jours à peine avant le départ, je suis nommé secrétaire d’Etat aux affaires étrangères chargé de l’Union du Maghreb Arabe et donc invité, à ce titre, avec mes collègues des autres pays membres, à partir en croisière – débuts agréables, mais prémonitoires &#8211; en compagnie de centaines de participants maghrébins.</p>
<p>A la veille de la Croisière, un colloque sur le Maghreb aura lieu à Fès, qui pour n’être pas au bord de la mer n’en était pas moins la ville de toutes les initiatives fondatrices ainsi que se plaisent à  le croire les fassis de souche au grand dam de bien des habitants d’autres cités. On me demanda, du fait de mes nouvelles responsabilités, de faire une conférence introductive à cette occasion. Je terminai en citant le poète arabe : «  Nulle maison ne se construit sans colonne pour la soutenir… » <em>(Al baytou la youbtana la sarata lahou)</em>. J’omis de compléter la citation, évidemment excessive : « Les foules sont anarchiques et ne savent où aller quand des ignorants les gouvernent » <em>( Annassou fawda la sarata lahoum, wala sarata liman jouhhalouhoum sadou)</em>.</p>
<p>Le voyage en train jusqu’à Tanger fut un moment intense. J’étais dans un wagon avec mes collègues, responsables de l’UMA dans les différents pays, à échanger nos impressions tout en faisant plus ample connaissance. Tous les participants au voyage, diplomates, élus nationaux, invités étrangers, cadres d’entreprises, fonctionnaires, artistes et journalistes, étaient portés par le même élan et versaient facilement dans une euphorie débordante. Ces derniers mois avaient paru tellement porteurs d’espoir depuis Zeralda en Algérie, où des commissions sectorielles avaient laissé libre cours à leur créativité, plus que de raison probablement, pour formuler toutes sortes de propositions d’action maghrébine commune, et de Marrakech, où le traité créant l’UMA était signé.  Ainsi sont les hommes de nos contrées aussi prompts à l’enthousiasme et aux embrassades qu’à la discorde et à l’emportement.</p>
<p>A l’embarquement sur « Le Marrakech » à Tanger, l’émotion se lisait sur maints visages. Moulay Ahmed Alaoui, ministre d’Etat, était à son activisme habituel, distribuant une bonne parole par là, une anecdote par ci, boute – en – train omniprésent et infatigable. Musique, lecture de poèmes,  discussions et jeux occupaient le temps des uns et des autres à l’exception de quelques malheureux, sujets au mal de mer, qui devaient broyer du noir en se demandant ce qu’ils étaient venus faire sur cette galère.</p>
<p>Après Oran où l’accueil fut chaleureux au  possible, l’entrée au port d’Alger fut triomphale. Tandis que des dizaines de bateaux en rade faisaient retentir leurs sirènes, des mouettes fantasques dansaient au-dessus de nos têtes et l’odeur iodée de la mer enivrait nos sens. Alger la blanche, accrochée au flanc de l’un des plus beaux sites de la méditerranée, semblait sourire. Ce fut un de ces  moments privilégié que l’on aimerait voire durer une éternité.</p>
<p>Tunis, plus sobre, et Tripoli, plus exubérante, avec un sacrifice de moutons à l’arrivée au port haute en couleurs, ne furent pas en reste. Partout, à terre, les mêmes professions de foi, le même enthousiasme.</p>
<p>Après le retour au Maroc, je conduisis* une délégation d’une cinquantaine de membres par avion à Nouakchott, afin de compléter le tour éphémère d’une éphémère Union. Démarrée les pieds sur terre, la Croisière se terminait dans les nuages. A moins que ce ne soit l’inverse qu’il faille dire.</p>
<p>Pourquoi ce désir de Maghreb ? Loin des fantasmes unitaires chers à certains, ce qui fonde le Maghreb me paraît, en dépit de toutes les déconvenues, de l’ordre du nécessaire.</p>
<p>Coopérer. Opérer ensemble. Agir de concert. Atteindre une taille critique suffisante pour peser davantage et obtenir davantage dans les négociations avec les tiers. Faire des économies d’échelle. Les arguments ne manquent pas. Mais il faut vraiment le vouloir. Le regretté Michel Jobert, incisif comme à son habitude, donnera un titre pertinent à un de ses ouvrages : « Le Maghreb à l’Ombre de ses Mains ».*</p>
<p>De plus, je crois ce désir de Maghreb à même de faire advenir plus vite une certaine forme de démocratie ou, à tout le moins, d’introduire de meilleures pratiques de gouvernance, les uns contrôlant les autres en attendant que les gouvernés  exercent, dans chaque pays, pleinement leurs droits. Encore faut – il pour cela, que la société civile serve d’aiguillon aux acteurs politiques, car, comme l’écrit Feu Abdelkébir Khatibi, un ami de longue date que je n’ai pas assez vu :  <em>« Le Maghreb appartient aussi bien aux décisions politiques qu’à la société civile »</em>. Il ajoutera, pénétrant :  <em>« C’est là le rôle de l’intellectuel qui veille, avec ses moyens, sur les forces irrationnelles qui guident l’histoire…la pensée exacte est aussi un acte doué de capacités stratégiques ».</em>*</p>
<p>Deux types de discours prévalent, aujourd’hui comme hier. Le premier est celui de l’enthousiasme délirant des naïfs de tous bords qui sont, en permanence, dans la rhétorique de l’unité, tantôt arabe, tantôt islamique, tantôt africaine, tantôt maghrébine. Le second est celui des sceptiques invétérés pour qui le Maghreb est un discours de politiciens manipulateurs ou, au mieux, un rêve d’intellectuel détaché de la réalité. Pour moi, qui ne suis ni de ceux &#8211; ci ni ceux &#8211; là, la construction du Maghreb est une question de bon sens, qui suppose de l’engagement et du volontarisme parce qu’il faut être aveugle pour ne pas s’apercevoir que notre intérêt commun est dans la coopération la plus étroite possible.</p>
<p>A peine deux ans plus tard, la « Croisière Maghreb Europe pour la Création d’Entreprise » offrira à des centaines de jeunes porteurs  de projets, marocains pour la plupart avec quelques maghrébins et européens en sus, l’occasion  d’un autre voyage exceptionnel. Cette croisière était en soi une parfaite illustration de l’esprit d’entreprise. Pendant plusieurs mois les conditions de son succès ont été soigneusement mises en place à travers des ateliers de formation, à l’ISCAE notamment, pour les jeunes sélectionnés ainsi qu’à travers des dizaines de réunions du comité d’organisation. A bord, un encadrement de qualifié par des formateurs et des experts dans les différents domaines liés à la création d’entreprise et par des responsables appartenant aux corps concernés ont eu tout loisir, durant les dix jours de croisière, de finaliser avec les créateurs embarqués leurs projets et leurs business plans. Je crois bien qu’il s’agit de l’opération la plus concentrée et la plus productive qui ait été organisée au Maroc en la matière.</p>
<p>Décrire l’enthousiasme de tous ceux qui ont œuvré à faire advenir cette croisière et l’ambiance qui régnait sur le bateau ne rendrait pas tout à fait compte de l’intensité des émotions que l’évènement a provoquées chez tous les protagonistes. Il faut dire que le chemin a été ponctué de difficultés, d’interrogations et de doutes qu’il a fallu gérer. Or, il n’ y a  rien de tel que  les difficultés, les interrogations et les doutes pour faire fonctionner à plein régime l’adrénaline et les méninges*.</p>
<p>Parmi les principales difficultés, deux  ressortaient à  l’évidence : comment financer l’opération sachant qu’il n’était pas question de demander aux jeunes entrepreneurs, près de trois cents cinquante, de payer leur participation au voyage et que le seul montant de location du bateau revenait à plus de cinq millions de dirhams ? Rien n’était bouclé avant la sélection des jeunes et du lancement officiel du projet. Souvent d’ailleurs, dans de nombreuses situations de la vie courante, on n’a guère d’assurance quant au devenir de nos entreprises. Il faut nécessairement prendre des risques si on veut réaliser quelque chose, y compris des risques pour soi-même en termes de crédibilité et de carrière, à moins d’opter pour un comportement d’attente délicieusement confortable et souverainement bureaucratique. La mobilisation de nombreuses personnes a permis, au bout du compte, de  trouver les financements nécessaires, la position que j’occupais alors, en tant que ministre de l’Energie et des Mines, ayant facilité quelque peu l’engagement de certaines entreprises qu’on ne saurait saluer assez pour leur perspicacité entrepreneuriale, à moins que ce ne soit une perspicacité relationnelle non moins digne d’être saluée. Le budget de l’ordre de huit millions de dirhams fut bouclé et dégagea même un léger bénéfice qui permettra à l’AMG de louer un bureau permanent pour quelque temps. Les comptes, une première alors pour une association marocaine de ce type, seront audités par un cabinet spécialisé dans les audits comptables.</p>
<p>La deuxième difficulté relevait de la nécessité de définir un concept susceptible de déboucher sur des créations concrètes d’entreprises. Les discours sur la création d’entreprise reviennent la plupart du temps à se payer de mots sans engagement concret. Or, une vérité banale est que les entreprises sont la source de la production de la richesse et des emplois partout dans le monde, qu’il faut encourager leur création et leur développement, mais davantage encore agir efficacement pour en favoriser la multiplication. C’est pour cette raison que pendant presque une année des ateliers de création ont été organisés avec le concours de quelques institutions de formation. Ont embarqué sur le bateau principalement ceux dont les projets ont été estimés assez mûrs pour justifier leur sélection. A bord, du reste, le travail s’est poursuivi avec des échanges encadrés par des experts et lors des trois escales à Barcelone, Marseille et Gênes, des rencontres de partenariat et d’affaires ont été organisées en rapport avec les chambres de commerce et d’industrie locales. Le résultat se révèlera riche en retombées de tous ordres.</p>
<p>Des  expositions de peinture, des soirées musicales, des conférences, des débats et des échanges incessants ont eu lieu pendant les dix jours qu’a duré le périple.</p>
<p>En plus des entreprises qui furent initiées, des associations, dont une association  de femmes entrepreneurs, furent lancées, des rencontres se sont tenues, des amitiés sont nées, des solidarités sont apparues et des  interrogations sur soi et sur les autres ont émergé qui ont donné à la Croisière ce supplément d’âme sans lequel ce que l’on appelle «  le business »  n’a aucun sens.</p>
<p>Il m’arrive, encore aujourd’hui, de rencontrer, avec une joie non feinte, quelque entrepreneur qui me dit, les yeux brillants, avoir été de ce voyage.</p>
<p>Je garde en mémoire une image qui restera, pour moi, à jamais associée à la « Croisière Maghreb Europe pour la Création d’entreprise » : celle de cette vaste salle, de la chambre de commerce je crois, en bord de mer à Barcelone, où des centaines de jeunes discutaient avec une foule d’hommes d’affaires espagnols invités à les rencontrer pour explorer des partenariats potentiels. Je me trouvais avec quelques amis sur un balconnet surplombant la salle. De voir tout ce monde affairé, d’entendre le brouhaha qui accompagnait leurs conciliabules et de sentir, comme à Alger, l’odeur iodée de la mer, à cet instant précis il m’a semblé, alors que j’avais la gorge nouée d’émotion, que le temps s’arrêtait.</p>
<p>Ma conviction est de toujours que dans ce pays qui est le nôtre, nous sommes, en coopérant ensemble, en mesure d’entreprendre de belles choses pour peu que nous cessions de laisser brider notre imagination, notre créativité et notre capacité à voyager avec les autres. Ne sommes – nous pas, au figuré et au propre, sur le même bateau ?</p>
<p><em> </em></p>
<p><em>* Je présidais alors le Comité de Suivi de l’UMA ;</em></p>
<p><em>* Michel Jobert, « Maghreb à l’Ombre de ses Mains » , Albin Michel, 1985 ; </em></p>
<p><em>* Abdelkébir Khatibi, « Penser le Maghreb », SMER, 1993 ;</em></p>
<p>* <em>Fadel Drissi, Aziz Guernaout trop tôt disparu, Brahim Maghrabi, Mustafa El Baze, Rachid Mrabet, Hamid Bousta, Mustafa Melsa, Mohamed Sebti, Abderrahman Ouardane, Zineb Fassi Fihri, Youssef Amrani et quelques autres se dépenseront  sans compter pour cette entreprise.</em></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Voyager 2</title>
		<link>http://idriss.ma/chroniques-estivales/2009/09/29/voyager-deuxieme-partie/</link>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 11:50:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques estivales]]></category>

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		<description><![CDATA[« Les Anglais, dit-on, envoyèrent un jour une ambassade à Mahomet pour s’enquérir de ses doctrines et pour le prier de confier leur conversion à Khaled-Ben-Walid ; mais les envoyés arrivèrent trop tard : l’âme de Mahomet s’était envolée vers le paradis. Ce trépas empêcha les Anglais d’abandonner leur religion ; ils ne manquèrent pourtant pas d’en exprimer leurs [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="right"><em>« Les Anglais, dit-on, envoyèrent un jour une ambassade à Mahomet pour s’enquérir de ses doctrines et pour le prier de confier leur conversion à Khaled-Ben-Walid ; mais les envoyés arrivèrent trop tard : l’âme de Mahomet s’était envolée vers le paradis. Ce trépas empêcha les Anglais d’abandonner leur religion ; ils ne manquèrent pourtant pas d’en exprimer leurs regrets. Voilà pourquoi les musulmans de la Barbarie  et de plusieurs autres régions prétendent que de tous les « peuples du Livre », les Anglais sont les mieux disposés envers eux ».</em></p>
<p align="right">Richard F. Burton<br />
« Voyage à la Mecque » ( 1853)*</p>
<p>Des voyages, j’en ai fait d’innombrables. Il en est de trois sortes. Les premiers, à l’instar de cet été en Angleterre dont j’ai fait le compte rendu partiel dans ma précédente chronique, sont toujours pleins d’enseignements et de surprises. Les seconds sont virtuels, mais peuvent se révéler aussi éducatifs et plaisants que les précédents. Les derniers, les voyages intérieurs, peuvent aider à découvrir de grandes richesses, à abreuver notre âme et à féconder positivement notre personnalité.</p>
<p>Poursuivons donc nos pérégrinations dans l’espace et dans le temps avant d’investir ces deux derniers horizons*.</p>
<p><span id="more-75"></span></p>
<p>De cet été en Angleterre, je garde vivace dans ma mémoire la rencontre avec un entrepreneur anglais qui, après l’expérience des chantiers de jeunes, nous offrit, à mes deux compagnons et à moi-même, un travail et un gîte ainsi que l’opportunité de revenir dans les meilleures conditions au Maroc alors que je n’avais pas acheté de billet de retour.</p>
<p>Alex Cooper, qui était entrepreneur de travaux publics, était installé avec sa femme dans le comté du Lincolnshire au nord du pays à côté de la petite ville industrielle de Scunthorpe, non loin de Lincoln. Les Cooper n’avaient pas d’enfants, ce qui explique sans doute le fait qu’Alex ait eu de la sympathie pour nous. L’accueil de sa femme Lilian fut, par contre, relativement circonspect au début, se demandant probablement quelle mouche encore avait piqué son mari. Elle ne protesta pas, toutefois et finit par nous trouver quelques qualités. Nous voilà donc munis de pelles et de pioches en train de creuser tranquillement les fondations de la maison qu’Alex  projetait de bâtir  à côté de la sienne. Très tranquillement, Pas de hâte. Beaucoup de poses, la pluie venant souvent à notre rescousse. Les journées étaient entrecoupées de moments savoureux. Un jour, alors que nous étions en train de creuser, un chien vint nous narguer. C’était un petit roquet parfaitement insupportable. Il n’arrêtait pas d’aboyer comme pour nous inciter à redoubler d’efforts. Mustafa trouvera un subterfuge d’une efficacité redoutable pour le chasser. Il n’était pas question de lui faire du mal, la dernière chose à faire avec les chiens au pays des British. Il déposa sa pioche sur le sol et le regarda droit dans l’iris avant de pointer ses deux index à hauteur des yeux de   l’infatigable aboyeur en les remuant de haut en bas. Au bout d’une minute de ce manège, le chien prit la fuite sans demander son reste et ne revint plus, nous laissant mener notre affaire à notre rythme. Mon cousin venait ainsi de mettre au point une méthode imparable contre les chiens aboyeurs, méthode que l’on peut utilement tester  sur d’autres espèces aux manières de chien. Ô délices des facéties d’étudiants et insouciance des jeunes !</p>
<p>Une autre fois, après quelques cours de conduite automobile que notre hôte nous donna gracieusement, nous avons emprunté une Austin qu’il possédait pour faire un tour à Winterton, le village voisin. La voiture cala en plein rond point refusant obstinément de bouger en dépit de nos menaces et supplications. Il fallut nous résoudre à la pousser pour rejoindre la maison. C’est comme cela que j’ai d’abord appris à traiter avec les sujets récalcitrants, en les poussant,  et à rouler à gauche, c&#8217;est-à-dire du bon côté  de la route selon les anglais.</p>
<p>Nous sommes vite devenus des curiosités, puis des « célébrités » dans les environs. Le journal local publia même un article agrémenté d’une photo en première page sur les circonstances de notre rencontre avec les Cooper.</p>
<p>Alex nous avait présenté un grand nombre de ses connaissances habitant dans la région, notamment Ida, une belle italienne, mariée à un anglais. Elle se prit d’affection pour nous et c’est un peu grâce à elle que la suite des évènements se révéla particulièrement heureuse de notre point de vue. Les Cooper, Ida et son mari, Veronica, une jeune anglaise, qu’Alex connaissait, et  une de leurs relations, femme d’âge mûr dont la fille, une adolescente, était dotée d’une vivacité et d’une intelligence exceptionnelles, avaient programmé de se rendre en voiture dans la Riviera italienne, du côté de Gênes, pour leurs vacances. Ida nous proposa de les accompagner. Elle ajouta, qu’elle connaissait du monde dans les milieux du cinéma en Italie et qu’elle nous présenterait à quelques metteurs en scène. Peut être parce qu’elle trouvait à Mostafa ou à moi un air vaguement exotique à l’instar de la maman d’un autre ami italien, Rory Francese, qui m’affubla, des années plus tard, du surnom de <em>« Fils du Cheikh ».</em></p>
<p>C’est là qu’une idée traversa mon esprit fertile en trouvailles de toutes sortes. D’aucuns parleraient, amicaux, de mon sens de l’improvisation, et d’autres, qui le seraient moins, de mon opportunisme. Les uns et les autres seraient à côté de la plaque. Je suis, depuis toujours, enclin, moitié par tempérament, moitié par choix, à essayer de concilier  des intérêts divergents dans la forme, mais convergents dans le fond, comme c’est souvent le cas dans les affaires des hommes. Il y faut un certain sens de l’improvisation autant que de l’opportunité. Il y faut surtout le désir de construire et de créer du lien. C’est en anglais que j’ai appris, assez tôt je crois,  l’expression « Win/Win ».</p>
<p>Après quatre semaines passées chez les Cooper, je proposai à nos amis de venir au Maroc pour leurs vacances plutôt que d’aller en Italie qu’ils connaissaient déjà, ajoutant qu’ils seraient tous invités dans nos familles. Ils acceptèrent avec un plaisir non dissimulé. C’est ainsi qu’un jour de cet été mémorable, tôt le matin, une petite caravane composée du coupé d’Alex, une Lancia Facel Véga blanche, d’une Austin et d’une Volkswagon station wagon, prit le chemin du Maroc, réglant du même coup la question du billet de retour.</p>
<p>Dès que Tanger fut en vue, notre excitation grandit. Débarquer sur notre sol était pour ces natifs de l’Angleterre profonde une première. Tanger était, à leurs yeux, un mythe, le Maroc un désert saharien et l’Afrique une autre planète.</p>
<p>Les parents de Touria nous reçurent avec du lait et des dattes. Ce fut ensuite Rabat. Mes parents réservèrent à nos amis un accueil inoubliable. Mon père, comme à son habitude, partit dans de grands éclats de rire et des discussions que je traduisais de plus ou moins bon gré avec un Alex déjà sous le charme d’un pays où les étrangers sont parfois reçus royalement.</p>
<p>La visite à Meknès et le séjour chez les parents de Mustafa furent également des moments hauts en couleur avec les visites de Volubilis, et de la vallée heureuse. Mon père nous emmena à Fès, Ifrane et, Imouzzer où il mit une maison que nous possédions à leur disposition. De surprise en surprise, nos anglais découvriront un  pays multiple et passionnant, un pays où chaque lieu visité, parlait d’une histoire millénaire et d’une culture enracinée. J’ai toujours été fier de montrer ce coin de terre où je suis né à mes amis étrangers, non par un quelconque chauvinisme, mais parce que tout ce qui y vit, tout  ce qui s’y passe me parle en des termes qui me font l’aimer en dépit des travers que l’on y rencontre et des misères que l’on y côtoie. Et chaque fois que je l’ai fait, j’ai découvert tant de choses et appris à l’aimer davantage. Est-ce à dire qu’il est si singulier qu’aucun autre pays ne tiendrait la comparaison avec lui ? Ce n’est pas ce que je veux dire. Mais, ainsi je m’emploie à être : là où je suis j’aime et j’aime là où je vis. <em>« L’âpre pays qui ne nourrit que des chèvres m’est plus agréable que ceux où on élève des chevaux »</em> souligne Chateaubriand reprenant le mot qu’Homère met dans la bouche de <em>Télémaque</em>. Avec le temps j’ai, de même, mieux compris le propos du poète, négligé à l’époque où j’étais élève au Lycée Moulay Hassan à Casablanca, qui chante la douceur Angevine  de sa contrée :</p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;"><em>«  Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage</em></p>
<p style="text-align: center;"><em>Ou comme cestuy &#8211; là qui conquit la toison</em></p>
<p style="text-align: center;"><em>Et puis est retourné, plein d’usage et raison,</em></p>
<p style="text-align: center;"><em>Vivre entre ses parents le reste de son âge ! ». </em></p>
<p>Nous n’étions pas au bout des surprises liées à notre expédition anglaise et au séjour de nos amis au Maroc. De retour en Angleterre, Alex et sa femme racontèrent toute l’histoire à des journalistes. Je n’en savais rien jusqu’au jour où, rentrant de mes cours à la  Faculté à Rabat, je reçus un appel téléphonique du <em>« Sunday Express ».</em> Le journaliste en bout de lignes me demanda de confirmer l’histoire et de répondre à quelques questions. C’était ma première interview à un journal, britannique de surcroît. Ainsi mon histoire avec la communication et ma carrière dans ce domaine commençaient sous des auspices singuliers. Le quotidien publiera un article sous le titre de «  Free trip to Morocco for couple. Car lift earns”: <em>« From his home in Rabat, Driss, a judge’s son, said yesterday : “ We seemed very poor when we met Mr and Mrs Cooper because our fathers wanted us to gain experience and gave us very little money. But we found the cost of living higher than we expected…”.</em></p>
<p>Le titre du journal était à la hauteur de la réputation habituelle de la presse populaire britannique : racoleur au possible. Mais les Cooper avaient tellement magnifié leur séjour au Maroc, une fois de retour en Angleterre, que le journal y trouva matière à relater.</p>
<p>Voilà donc l’histoire de ce périple qui, faute de se conclure par une expérience cinématographique en Italie, me permit d’entamer une carrière non dénuée d’intérêt dans la communication.</p>
<p>Depuis cette époque, j’ai eu la chance d’effectuer bien des voyages à travers le monde. Chaque fois cela a été l’occasion de rencontres et d’expériences étonnantes qui ont ouvert de vastes espaces à mon désir d’entreprendre. Quand j’essaye de comprendre pourquoi il en a été ainsi, je pense d’abord à ma bonne étoile, sachant qu’il y a toujours une bonne étoile pour chacun pourvu qu’il se rende compte de sa présence et sache apprécier, y compris dans l’adversité, les bienfaits que le ciel, dans sa bonté, lui accorde. Je crois également que la disponibilité et l’ouverture aux autres nourries par l’éducation que l’on reçoit et les lectures que l’on fait,  sont des ingrédients utiles dans le processus d’apprentissage de la vie. La vie, un chemin au long cours quelle qu’en soit la durée, jamais terminé jusqu’au dernier souffle, gros de millions de possibles.</p>
<p><em>* Richard Francis Burton, « Voyage à la Mecque », Payot, 2007.  Burton  (1821-1890), orientaliste, soldat, poète et archéologue,  est un aventurier anglais qui entreprit un voyage clandestin à la Mecque et à Médine  en 1853. La clandestinité pour voyager, face aux interdits,  ne date pas d’aujourd’hui ;</em></p>
<p><em>* Dans les deux ou trois prochaines chroniques, je me propose, en particulier, de relater deux périples, « La Croisière du Maghreb » et « La Croisière Maghreb Europe », à l’organisation desquelles j’ai apporté une modeste contribution et qui ont été des évènements forts pour d’assez nombreuses personnes. Ensuite, il sera question de littérature de voyage, puis de voyage intérieur.</em></p>
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		<title>Voyager 1</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Aug 2009 00:37:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques estivales]]></category>

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		<description><![CDATA[« Pas un Anglais, sur cent, n’ose être soi-même ; pas un Italien, sur dix ne conçoit qu’on puisse être autrement.
L’Anglais n’est ému qu’une fois par mois. L’Italien trois fois par jour »
Stendhal
Il fallait que j’aille vérifier par moi-même.
Voyager. C’est d’abord au voyage le plus lointain que je pense. Au plus loin possible, c’est-à-dire dans l’espace infini tel [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="right"><em>« Pas un Anglais, sur cent, n’ose être soi-même ; pas un Italien, sur dix ne conçoit qu’on puisse être autrement.<br />
L’Anglais n’est ému qu’une fois par mois. L’Italien trois fois par jour »</em></p>
<p align="right"><em>Stendhal</em></p>
<p align="right">Il fallait que j’aille vérifier par moi-même.</p>
<p>Voyager. C’est d’abord au voyage le plus lointain que je pense. Au plus loin possible, c’est-à-dire dans l’espace infini tel le capitaine Pickard dans son vaisseau « <em>Enterprise </em>». Au-delà des frontières traditionnelles. Voilà qui serait à mon goût. Non pour fuir la réalité qui ne m’incommode guère, mais pour <em>« traverser l’espace afin d’atteindre d’autres mondes ». </em>Cela<em> </em>seul est de nature à étancher ma soif de connaître. Et puis, rencontrer ces extra-terrestres qui sillonnent les galaxies à la recherche d’autres extra &#8211; quelque chose, si semblables et si différents, quelle aventure extraordinaire ce serait. Je ne peux, en effet, me résoudre à accepter l’idée qu’il n’y a pas d’autres êtres dans le vaste univers avec ses centaines de milliards de galaxies et leurs centaines de milliards d’étoiles chacune.</p>
<p><span id="more-60"></span>Le propos passablement sarcastique de Clifford D. Simak m’enchante quand il écrit à propos des voyages dans l’espace : <em>« Cette idée a le plus souvent été tenue pour une fantaisie, fort à sa place dans une légende, mais il n’empêche qu’elle a fait l’objet d’études approfondies. La majorité de ces études a confirmé l’opinion que c’est là une entreprise impossible. Il faudrait admettre, pour que pareil voyage fût réalisable, que les étoiles que nous voyons la nuit sont de vastes mondes situés à de grandes distances du nôtre. Et nul n’ignore, bien entendu, que les étoiles ne sont que des lumières accrochées au ciel et dont la plupart sont très près de nous »*.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p>En attendant, pour ma part, je me contente de voyager dans notre bonne vieille terre et d’aller décrocher, de temps à autre,  une étoile dans le ciel.</p>
<p><em>« Les voyages forment la jeunesse », </em>dit -on. Je le sais ayant, très tôt, pris goût aux voyages. Ils ne sont pas moins utiles quand, ayant vécu, ils vous permettent de porter un autre regard sur les choses, de les voir autrement et de les redécouvrir. Vos yeux se posent sur des lieux, sur des monuments et sur des gens auxquels, auprès desquels, sauf cas rare, vous passez sans prêter grande attention.</p>
<p>Certaines personnes sont douées pour l’indifférence, tout occupées qu’elles sont à quelque vétille qui serait parfaitement légitime si elle laissait une place à la joie d’explorer et de découvrir.  Cela ne les empêche pas de visiter un lieu au pas de charge se remplissant les yeux de clichés qui permettront de déclarer sans ciller : <em>« </em><em>Je connais !»</em></p>
<p><em> </em></p>
<p>Mais pour connaître, il faut s’arrêter, s’appesantir, regarder avec amour et intérêt, essayer de deviner derrière les visages et les comportements l’âme des gens et derrière les pierres, les édifices et les ruines ce que devait être la vie des êtres qui les ont bâtis. Pour connaître, il faut penser aux efforts d’imagination créatrice, de travail méticuleux, de joie et de souffrance qui ont permis que ces objets du génie humain soient là, témoignant de ce qui fut un temps destiné à l’usage de vivants en chair et en os, aujourd’hui disparus, et que  les touristes et les fonctionnaires du culte ou de la culture arpentent à longueur de journée. Pour connaître, il faut, paradoxe, l’un ou l’autre états opposés : la solitude ou l’amour ( ou l’amitié). La solitude qui vous laisse le temps de demeurer là où vous le souhaitez aussi longtemps que cela vous est nécessaire pour vous imbiber de ce qui s’offre à votre regard et à votre esprit. L’amour qui vous fait découvrir la beauté du moindre détail et la jouissance du partage.</p>
<p>Pour voyager, disons &#8211; le d’emblée, il n’est nul besoin d’aller très loin. Dans votre ville, votre région ou votre pays, il y a mille merveilles à admirer et mille expériences à vivre. Le poète, hédoniste et un rien inconstant ne dit-il pas  en arabe : « <em>Voyages, tu trouveras qui peut remplacer avantageusement ce que tu laisses ; la vraie jouissance est dans le voyage </em>» <em>(Safir tajid Îiwadan âan man toufarikouhou. Inna ladhata laïchi fissafari ).</em> Alors, si vous en avez le loisir, poussez au-delà des frontières pour peu que la bêtise perverse des donneurs de visas, qui a remplacé efficacement celle des délivreurs de passeports, ne vous décourage pas.</p>
<h3>Un été en Angleterre</h3>
<p>A l’époque de mes études à Rabat dans les années soixante, les visas pour l’Europe étaient inconnus et la langue anglaise m’attirait, ce qui était une bonne raison pour former le projet d’aller passer les vacances d’été dans le pays de Shakespeare.</p>
<p>Je demandai au British Council, qui se trouvait avenue Moulay Youssef à cette époque, des informations sur les séjours dans des chantiers de jeunes. On me remit quelques adresses auxquelles je me dépêchai d’écrire. Les réponses ne tardèrent pas à me parvenir d’un camp, « <em>Cliff Farm</em> », au Yorkshire et d’un autre au Cambridgeshire. Je proposai à un cousin, Mustafa, et à une amie tangéroise, Touria, de m’accompagner. Nous décidâmes de nous inscrire dans les deux camps successivement de manière à séjourner près de deux mois en Angleterre.</p>
<p>Je fis part à mon père de ce projet. Il m’encouragea et me remit de quoi payer mon billet de train et un peu d’argent de poche.</p>
<p>J’achetai un billet aller simple – Ô insouciance de la jeunesse ! – en me disant qu’en Angleterre, dans les chantiers de jeunes, j’allais gagner de quoi retourner au Maroc*.</p>
<p>Le jour J, c’est le départ pour Gibraltar, première étape « britannique » d’où nous avons rejoint Algésiras pour embarquer à bord du Talgo, le train pour Madrid, puis de là à Irun à la frontière franco-espagnole, avant d’aller à Calais.</p>
<p>A Douvres, où nous avons débarqué, accompagnés par des centaines de mouettes, la première surprise qui nous attendait était la longueur de la journée. A onze heures du soir il faisait encore jour.</p>
<p>Après, nous séjournâmes à Londres, le temps de découvrir les parcs merveilleux de cette ville qui n’était pas encore, bien qu’assez cosmopolite, la ville multiraciale qu’elle est devenue depuis. De longues années plus tard, au milieu des années deux mille, en pensant à  ces grands parcs très fréquentés par tous les temps où badauds, couples et familles viennent piqueniquer sur le gazon, je suggérai dans un article de faire des trois cent soixante hectares de l’ancien aéroport d’Anfa, le grand parc dont Casablanca a un besoin vital, à  l’instar de « <em>Central Park</em> » à New York*.</p>
<p>Hyde Park est le plus grand des huit parcs royaux de Londres. Il a les faveurs des gens en raison de Serpentine Lake, une vaste étendue  d’eau qui coule en son milieu ou se baignent, indifférents, les canards et où se déroulent des régates par beau temps. La  Serpentine sépare Hyde Park de Kensington Gardens, un autre immense parc. Les deux font plus de deux kilomètres carrés.</p>
<p>A  Hyde Parc Corner, appelé aussi Speaker’s Corner, le spectacle des orateurs qui s’autorisent d’eux-mêmes pour faire des discours sur toutes sortes de sujets était proprement fascinant. Une scène m’a marqué. Un orateur juché sur une chaise pérorait depuis un moment alors qu’un homme unijambiste debout en face de lui ponctuait chaque phrase d’un tonitruant <em>« </em><em>It’s not true ! » </em>Au bout de la cinquième dénégation, l’orateur, excédé, descendit de sa chaise et la plia avant de partir en pestant.</p>
<p>Beau pays me dis-je, où le premier venu peut prendre la parole en public et s’exprimer librement sur les tares du gouvernement, dire ce qu’il pense de tout et de tous sans craindre pour lui-même. Etre contredit sur place par l’un ou l’autre et n’y trouver rien à redire. Parler de l’élevage des escargots, de la chasse aux papillons ou de la culture des vers à soie sans être l’objet de la moquerie des gens. C’est ainsi que m’apparaissait ce pays qui était le premier pays étranger où il m’a été donné de séjourner quelque temps et qui avait eu le bon goût d’inventer, dès le XIII ème siècle, la  « <em>Magna Carta » </em>, ce texte fondateur, l’ « <em>Habeas Corpus » et </em>le contrôle du pouvoir.</p>
<p>Humer l’air que d’autres respirent, goûter la saveur tellement différente des « <em>fish and ships</em> », très en vogue à l’époque, les Fast Food n’étant pas encore très répandus, fouler l’herbe si fine des parcs verdoyants, marcher le long des routes de la campagne britannique si propre et si joliment découpée, parler cette langue qui n’était pas mienne, mais qui sonnait si bien à mon oreille et découvrir chaque jour un pan complet de choses nouvelles : le plaisir était garanti.</p>
<p>Le train de British Railways emprunté à Victoria Station nous conduisit vers un petit village du Yorkshire à côte duquel se trouvait notre camp.</p>
<p>« <em>Cliff Farm</em> » était une de ces fermes anglaises, classées comme chantier de jeunes, qui faisaient appel à des étudiants étrangers, travailleurs saisonniers bon marché, pour le ramassage ou la cueillette de légumes et de fruits, la main d’œuvre locale coûtant cher. Pour les étudiants, l’opportunité était exceptionnelle de pratiquer leur anglais tout en gagnant un peu d’argent. C’était des sommes modiques, mais suffisantes pour subsister d’autant que le logement était assuré. Logement dans des dortoirs au confort approximatif, mais qui a cure de confort quand il est étudiant, jeune et prêt à vivre toutes les expériences qui se présentent. Beaucoup de français parmi ces jeunes, qui étaient là autant pour apprendre la langue que pour faire connaissance avec les petites anglaises. Mais, il y avait de nombreuses autres nationalités.</p>
<p>Notre travail aux champs consistait à remplir de fèves des sacs en jute. Nous étions payés à la pièce, un ou deux shilling le sac.  Il y avait un groupe de jeunes turcs qui travaillaient comme des damnés et arrivaient à des niveaux de production deux à trois fois supérieurs à ceux des autres jeunes, plus de vingt sacs par jour. Ils bénéficiaient de ce fait d’une côte assurée auprès des  responsables de l’exploitation. Il est vrai que nous avions plus tendance à nous amuser qu’à travailler d’arrache-pied. Un jour, le « Warden » me trouva étendu sur le sol, une fleur dans la bouche, rêvant probablement à un monde d’où le travail serait banni pendant que mes compagnons trimaient durement. Il me tança. L’effet de ce savon, outre les noms d’oiseaux qu’il me permit d’apprendre en anglais, me réconcilia avec la valeur du travail, ce qui se révéla utile, par la suite, dans ma vie.</p>
<p>Pour qui n’a jamais pratiqué le ramassage à la main des pommes de terre, il est difficile de saisir la dureté du métier de ramasseur de patate. En effet, une surface de plusieurs mètres carrés était affectée à chacun d’entre nous. Un tracteur traînant derrière lui un énorme râteau servait à retourner la terre passant et repassant à une cadence régulière et rapprochée. C’était étudié pour qu’il n’y ait aucun instant de répit. A la fin de la journée, complètement terrassés, nous avions le dos brisé.</p>
<p>Les semaines suivantes furent également fertiles en aventures de toutes sortes que je relate par ailleurs*. Aujourd’hui encore, quarante ans plus tard, je ne peux penser sans une certaine nostalgie à cet été passé en Angleterre.</p>
<p>Ce périple fut pour moi, de surcroît, un périple initiatique qui m’aida grandement à me construire en fonction d’autres horizons que les horizons nationaux ou de ceux de l’Hexagone par lequel tant de nos intellectuels francophones sont subjugués, et avec lequel ils ont rarement soldé leurs contentieux identitaires. Le parisianisme de certains m’a toujours paru risible. Cela, pourtant, ne m’a jamais empêché d’apprécier l’extraordinaire richesse de la culture française et sa diversité. Pas plus que cela ne m’a détourné de mes racines arabo-islamo-berbéro-marocaines. En fait, tout enfermement comme tout déni identitaire me semble suspect au plus haut point.</p>
<p>Nombreux probablement sont ceux qui ont fait des  expériences similaires  en choisissant une destination à leur goût, y compris chez eux, susceptible de leur apprendre quelque chose sur le vaste monde, sur les autres et sur eux &#8211; mêmes. Quand on a la volonté ou la chance d’en tirer des leçons pour la conduite de soi-même dans les méandres de la vie, on peut estimer que le destin a été généreux.</p>
<p><em>* « Star Trek, The Next Generation », série télévisée ; </em></p>
<p><em>*</em> <em>Clifford D. Simak,</em> <em>« Demain les Chiens » ; </em></p>
<p><em>* L’histoire surprenante du billet retour au Maroc sera racontée dans une prochaine chronique :  «  Voyager 2 »</em></p>
<p><em>* « Central Park à Casablanca »,  in « Tel Quel », n° 214, mars 2004 ;</em></p>
<p><em>*« L’Angoisse d’Etre », premier volume d’un livre de souvenirs à paraître.</em></p>
<p><em><br />
</em></p>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align: right;"><em>Chronique parue dans le journal « L’Economiste » du mercredi  19 au dimanche 23 Août 2009</em></p>
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		<title>Rire</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Aug 2009 00:35:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques estivales]]></category>

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		<description><![CDATA[« J’ai vu des gens très doués pour tout ce qui prête à rire,
et qui sur des sujets sérieux sont complètement stupides »
Jonathan Swift.
L’homme a inventé le rire pour supporter sa condition tragique. Il a également recouru à la religion pour la même raison, car comme le dit l’adage « la foi sauve ». Quand on pense aux désordres [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="right"><em>« J’ai vu des gens très doués pour tout ce qui prête à rire,<br />
et qui sur des sujets sérieux sont complètement stupides »</em></p>
<p align="right"><em>Jonathan Swift.</em></p>
<p align="justify">L’homme a inventé le rire pour supporter sa condition tragique. Il a également recouru à la religion pour la même raison, car comme le dit l’adage « la foi sauve ». Quand on pense aux désordres du monde, cette deuxième solution, pour peu qu’elle soit vécue dans la douceur et la bonté, est sûrement la plus prometteuse. Elle est rarement à portée comme le prouvent les excès auxquels se livrent nombre de « ceux qui croient être de bons croyants ». Certains poussent la plaisanterie, si on peut dire, jusqu’à faire des têtes d’enterrement et à condamner à tour de bras au feu de l’enfer ceux qui ne pensent pas comme eux. Il est vrai que penser à l’au-delà ne pousse guère à rire. Pourtant, si on en croit la tradition, le Prophète Mohammed était homme plutôt avenant et pour qui sourire était, dit la même tradition, une manière d’être.</p>
<p align="justify"><span id="more-58"></span>De toutes façons il n’ y a jamais de bonne raison pour faire grise mine. Au contraire de rire aide à vivre, y compris les croyants. A fortiori ceux qui ne le sont pas. Et pour apprendre à vivre il vaut mieux apprendre à bien rire.</p>
<p align="justify">Et d’abord de soi. Je tiens l’auto dérision pour un signe de grande intelligence et de profonde sagesse. La capacité à prendre de la distance vis-à-vis de soi-même est une indication à la fois éthique et médicale. Ethique parce que c’est à ce prix que l’on peut s’arroger le droit de rire des autres et de leurs travers car chacun est porteur de mille défauts et personne n’est à l’abri du ridicule. Médicale parce que cela fait un bien fou à l’organisme qui respire, s’agite, se remplit d’endorphines stimulantes et…contagieuses.</p>
<p align="justify">Le rire est  universel, première vérité  à souligner. Certains ont même mesuré  le temps consacré à  rire dans différentes cultures. On apprend ainsi qu’on rit de moins en moins un peu partout. Les Français, par exemple, riaient 19 minutes par jour en moyenne en 1939, six minutes seulement en 1983 et moins d’une minute en 2000. Au Maroc, les statistiques ne sont pas disponibles, mais il y a fort à parier que la tendance est la même. Je suggère la mise au point d’un indicateur, le Taux Brut de Rire ou TBR, qui permettrait de mesurer l’évolution du rire dans une société donnée et qui serait assurément plus éclairant pour les comparaisons internationales que le PIB et bien d’autres indicateurs en attendant que tout le monde suive l’exemple Himalayen du Royaume du Bhoutan et adopte le taux plus significatif de Bonheur National Brut, ou BNB.</p>
<p align="justify">Il y a sûrement, à partir de là, une politique du rire, à imaginer et à mettre en oeuvre dans l’éducation, dans les médias et dans les débats publics. Car, vous avez remarqué, comme moi, que nos décideurs, dès qu’ils sont devant un public, font le plus souvent des têtes d’enterrement, ce qui ne les empêche pas de faire rire le public. Rien contre. Cela les regarde, mais comme je suis obligé parfois de les écouter je leur dis que de faire grise mine les dessert profondément sans qu’ils s’en rendent compte, croyant comme beaucoup qu’il faut pour être pris au sérieux se montrer sombre et grave. Etre sérieux, c’est agir quand il faut, pour la raison qu’il faut et avec les moyens qu’il faut, le sourire en prime.</p>
<p align="justify">Il y aussi une économie du rire que les activités ludiques et culturelles, au théâtre et au cinéma, en particulier, permettent de développer. Encore faut-il que  les pouvoirs publics encouragent les productions qui engagent à rire et dans lesquels le genre comique et la bonne humeur se déploient gaiement.</p>
<p align="justify">Mais il y a rire et rire. Le bon et le mauvais.</p>
<p align="justify">Le rire écrit Bergson, « est du mécanique plaqué sur du vivant ». Cela pourrait s’arrêter là. Ne nous arrêtons pas à cette phrase métallique et essayons de distinguer le bon grain de l’ivraie.</p>
<p align="justify">Commençons par nous débarrasser du registre du mauvais, même si « mauvais » ne veut pas dire à éviter forcément. En premier lieu, je tiens pour étant d’un goût douteux les histoires salaces que beaucoup chez nous, hommes comme femmes, se plaisent à raconter à tout moment. Mais j’admets qu’un bon rire gras, tonitruant et hystérique est parfois nécessaire pour nous rappeler que nous sommes tous susceptibles de glisser sur la pente de la vulgarité pour un rien et de nous esclaffer, plutôt bruyamment la plupart du temps, en prêtant l’oreille. Quelle est la dernière entend-on souvent demander ? Je vous laisse imaginer la réponse, car une bonne blague, grosse et grasse comme une baleine, est tapie derrière cette question innocente.</p>
<p align="justify">« Mauvais » également, sans doute, le sarcasme, le persiflage et la moquerie. Humain, trop humain, ce rire peut être un recours, à condition de ne pas trop en faire sauf si on choisit cela comme un métier, pour évacuer  le trop plein de bile, participer à la discussion ou se sentir à l’aise dans un groupe de persifleurs.</p>
<p align="justify">Pas très loin, l’ironie que les anglais ont porté à un degré de sophistication extrême. Churchill, orfèvre en la matière, s’arrêta un jour au milieu d’un discours électoral et prit un verre d’eau qu’il porta à ses lèvres. Une femme assise au fond de la salle où il se trouvait l’interpella : « Monsieur Churchill si j’étais votre femme, je mettrais du poison dedans ». Churchill rétorqua ironiquement : « Madame je le boirai avec plaisir si vous étiez ma femme ». Je comprends pour quoi j’aime un certain esprit anglais.</p>
<p align="justify">Le mot d’esprit justement nous rapproche du bon rire. Il est spirituel, dit-on avec une certaine admiration de quelqu’un qui sait manier avec art l’idée et le verbe, le fond et la forme, nous fait rire franchement ou nous amène imperceptiblement à sourire. Freud fit une étude où il s’employa à montrer les rapports du mot d’esprit avec l’inconscient, lecture intéressante, mais qui, comme cela arrive immanquablement en territoire de psychanalyse, empêche de rêver et de divaguer en toute innocence. Ce mot de Swift restera dans l’histoire comme un sommet : « Si un homme me tient à distance, ma consolation est qu’il se tient à la même distance de moi ». En parlant de sommet, si vous voulez vous essayer à « l’Agudeza », Baltazar Gracian, ce jésuite espagnol du XVII ème siècle, est une lecture utile. Son « Art et Figures de l’Esprit » demeure un livre inégalé. Il y détaille avec brio les artifices et ressorts de ce qu’un de ses traducteurs nomme : « Acuité, trait, pointe, mot acéré, pique, flèche, parole aigue, riposte tranchante, parole aiguisée par le style, stylet affûté par l’élégance ».</p>
<p align="justify">Mais, comme le nageur qui flotte à la surface, nul besoin de plonger dans les profondeurs abyssales de l’océan ou de la culture, pour apprécier l’eau ou l’humour. Restons donc à la surface et profitons de la baignade en riant comme on le ferait d’une leçon fondamentale de vie.</p>
<p align="justify">Il suffit, à partir de là, de franchir le pas pour embrasser  le bon rire en retrouvant le rire de l’ enfance qui est éclatant comme le soleil dans un ciel limpide, le rire qui irradie, chauffe et nous remplit de joie. Celui là, il faut le cultiver comme un bien parmi les plus précieux, l’arroser en permanence avec générosité et le savourer avec volupté.  Il est libérateur en ce qu’il aide à détruire nos pesanteurs, nos blocages intérieurs et nos craintes. Et qu’y a-t-il de plus beau que la liberté ?</p>
<p align="justify">
<p align="justify">Peut-être alors, qu’à force, méritera-t-on d’arborer tranquillement et pour toujours un sourire de lumière, y compris dans les circonstances les plus graves de notre existence, exprimant ainsi le bonheur de vivre et la joie d’être qui devraient nous habiter en permanence. Avec un peu de chance, nous aurons de cette façon, l’immense privilège de participer à l’enchantement du monde.</p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: medium;"><em>Chronique parue dans le journal « L’Economiste » du Jeudi 13  au dimanche 16 Août 2009</em></span></p>
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		<title>Tirage au score</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Aug 2009 07:46:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>idriss</dc:creator>
				<category><![CDATA[Regards Obliques (1986)]]></category>

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		<description><![CDATA[Un journal titrait après le tirage au sort de la composition des groupes lors de la prochaine édition de la Coupe du Monde de Football au Mexique : &#171;&#160;Notre équipe a gagné qu tirage au sort&#160;&#187;.
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Un journal titrait après le tirage au sort de la composition des groupes lors de la prochaine édition de la Coupe du Monde de Football au Mexique : &laquo;&nbsp;Notre équipe a gagné qu tirage au sort&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Fort bien !</p>
<p>Je crois, pour ma part, qu&#8217;il vaut mieux perdre au tirage au sort et gagner sur le terrain que de perdre sur le terrain et gagner au tirage au sort.</p>
<p style="text-align: right;"><em>tiré de Regards Obliques aux Editions La Surprise &#8211; 1986</em></p>
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